Qant rend cette semaine hommage à Fernand Léger (1881-1955)
Dans son style ineffable, Donald Trump s’est adressé Xi Jinping, mercredi à Séoul, en faisant référence à un « G2 » sino-américain qui exclura l’Europe de la gouvernance mondiale. Peut-être faudrait-il y voir, en réalité, un acte de candidature des États-Unis, tellement la « trêve » des tarifs douaniers déclarée par Donald Trump ressemble à une défaite. Les Chinois n’ont eu qu’à rediriger brièvement leurs achats de soja vers l’Argentine, à menacer de priver la défense américaine de terres rares et à se taire sur TikTok, pour que le grand artiste de téléréalité éprouve le besoin de chercher une échappatoire. Xi Jinping, grand seigneur, a laissé l’Américain sauver la face – pour l’instant. Mais le grand oublié des négociations, TikTok, sur lequel nous revenons plus loin, lui permet à tout instant de couvrir Trump de ridicule.
Xi Jinping n’a pas eu cette prévenance pour l’Europe. Le souvenir d’Ursula von der Leyen, cet été, s’humiliant devant Trump ,fait écho à la nouvelle, cette semaine, que le ministre des Affaires Étrangères allemand a dû annuler son voyage à Pékin faute d’interlocuteurs à rencontrer. Et le contrôle administratif sur l’exportation de terres rares, suspendu pendant un an vis-à-vis des États-Unis, reste en place pour les autres pays (ainsi que les mesures prises dès le mois d’avril).
Conforter l’Europe
À ce train, l’Europe ne pourra même plus se consoler avec l’illusion de son « soft power » intellectuel et du savoir-faire réglementaire du « premier marché du monde ». L’actualité tech de cette semaine en offre un symbole inattendu : Grokipedia.
La première encyclopédie jamais écrite par une IA part d’un projet politique : remplacer les laborieux compromis et les débats sur Wikipédia par les opinions d’un Sud-Africain blanc né au temps de l’apartheid, Elon Musk. Wikipedia, elle-même, a substitué le débat ouvert entre internautes aux exigences académiques des encyclopédies commerciales, d’Universalis à Britannica.
Du moins Wikipédia conserve-t-elle des valeurs qui s’inspirent de la tradition européenne : la connaissance critique, l’universalisme, l’ouverture à tous. Le projet Grokipedia évoque plutôt Baidu Baike en Chine, Kwangmyong en Corée du nord, et feue la Grande Encyclopédie soviétique : une prise de position politique, travestie en recherche de la connaissance. Si les IA permettent à chacun de créer sa propre encyclopédie, selon sa puissance et ses biais, les bulles informationnelles se renforceront et la « polarisation » continuera de déchirer les sociétés numériques.
Certes, l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert partait aussi d’un projet politique. Mais ce n’était pas le même.
Jean Rognetta**… **
…sera ravi de recueillir vos commentaires.
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_df5fc6f65e9248e2bf404a23e211a4f3