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Veille tech & IA — analyses Qant Recherche

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Sous l’avalanche de publications de résultats financiers ce mois-ci, une hiérarchie de technologies se dessine. L’infrastructure IA capte l’essentiel de la valeur. Les fondeurs, la mémoire haut débit et les réseaux pour centres de données confirment une demande soutenue, alors le RAN 5G dans les télécoms et des paris de long terme comme la réalité mixte ou l’autonomie complète peinent à démontrer une contribution mesurable au compte de résultat.

Sous l’avalanche de publications de résultats financiers ce mois-ci, une hiérarchie de technologies se dessine…

Sur les cinquante principales sociétés tech cotées en bourse, 39 ont publié les résultats de leur troisième trimestre ce mois-ci. Quel que soit leur secteur, les entreprises qui surperforment partagent une caractéristique commune : elles relient clairement leurs résultats à des applications concrètes d’IA. Les autres, malgré un environnement macroéconomique stable, peinent à transformer leurs investissements en création de valeur.

Cette polarisation s’observe tout au long de la chaîne, depuis les fondeurs et les fournisseurs de mémoire jusqu’aux opérateurs de data centers et aux éditeurs de logiciels. L’ensemble de la Big Tech américaine représente plus de 200 milliards de dollars d’investissements annuels dans les infrastructures IA, érigeant une barrière à l’entrée inédite.

3 nanomètres et large bande

En amont, TSMC enregistre plus de 33 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 40,8 % sur un an, avec une marge brute de presque 60 %. Les puces en 3 nanomètres, utilisées dans les processeurs dédiés à l’IA et au calcul haute performance, constituent déjà près de 20% des revenus. De même, la mémoire HBM (High Bandwidth Memory), indispensable aux GPU, apporte un chiffre d’affaires record à la coréenne SK Hynix.

Les équipementiers confirment ce mouvement. ASML publie 7,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 5,4 Md€ de commandes, majoritairement en lithographie extrême ultraviolet, technologie clé de la miniaturisation des circuits.  Broadcom, de son côté, chiffre à 5,2 milliards de dollars ses revenus issus des semi-conducteurs pour l’IA, en hausse de 63 %. 

L’ensemble de la chaîne bénéficie ainsi d’une visibilité exceptionnelle : les commandes liées à l’IA structurent déjà les plans d’investissement jusqu’à la fin de la décennie. 

Le pari gagnant de Microsoft

L’IA réanime la croissance du cloud, mais elle creuse les écarts entre acteurs. Microsoft Azure enregistre la plus forte accélération séquentielle, à +40 %, soutenue par une explosion des contrats pluriannuels liés aux services d’IA. Google Cloud progresse à +34 % et profite du succès de Vertex AI et de ses puces Tensor Processing Units (TPU). AWS reste solide à +20 %, mais voit déjà certains contrats IA se diriger vers ses concurrents. Fort de partenariats avec Nvidia et OpenAI, CoreWeave annonce un carnet de commandes de 30 milliards de dollars. Mais cela a un coût : Alphabet revoit à la hausse, entre 91 milliards et 93 milliards de dollars, ses investissements en 2025 pour financer sa pile d’IA.

Or, dans la publicité et les médias, la croissance des revenus reste solide, mais les marges sont comprimées et les marchés sont sceptiques. Alphabet dépasse ainsi pour la première fois les 100 milliards de dollars de revenus trimestriels, grâce à des performances solides dans Search, YouTube et le cloud, mais subit un resserrement de marge lié à ses dépenses d’infrastructure. Meta, malgré d’excellents résultats, a plongé de 11% après avoir annoncé une charge fiscale unique de 16 milliards de dollars et des plans d’investissement dans l’IA encore plus agressifs pour 2026. 

Le roi ROI

Les investisseurs exigent désormais des preuves concrètes de retour sur investissement, alors que la pub digitale reste tonique. Disney, par exemple, illustre la montée en puissance de la publicité adressable : la division streaming améliore son revenu moyen par utilisateur grâce aux outils de ciblage pilotés par IA.  Les grands groupes médias intègrent ces technologies dans la gestion dynamique des inventaires, avec des effets immédiats sur la rentabilité publicitaire. Netflix n’a manqué son objectif de marge opérationnelle (28% vs 31,5% guidé) qu’en raison du règlement soudain d’un litige fiscal au Brésil. 

Le commerce en ligne mondial, évalué à 8 300 milliards de dollars en 2025, prime les plateformes qui associent intelligence artificielle et logistique avancée. Amazon, qui réduit déjà ses effectifs, poursuit l’automatisation de ses entrepôts avec des robots magasiniers et des outils d’optimisation prédictive. En Chine, Alibaba retrouve une dynamique dans le cloud (+26 % de croissance annuelle) et investit dans l’IA pour la personnalisation des catalogues et l’efficacité de la livraison.

Division pro

Le secteur des logiciels professionnels se divise en deux mondes. Les entreprises “IA-native” avec des plateformes d’automatisation intelligente (ServiceNow, SAP Business AI) surperforment largement. En revanche, la médiane du secteur affiche un ratio de performance (Rule of 40) de seulement 23%, contre 30 % en 2015, indiquant que la majorité des entreprises SaaS peinent à équilibrer croissance et rentabilité. Un gaspillage massif persiste : 53% des licences SaaS ne sont pas utilisées, coûtant en moyenne 21 millions de dollars par an aux grandes entreprises. Du côté des gagnants, ServiceNow se distingue avec +22% de croissance à 3,41 milliards de dollars ; SAP affiche une croissance cloud de +27% (revenus ERP cloud +31%), tandis qu’IBM enregistre +9% avec un carnet de commandes IA de 9,5 milliards de dollars.

Les besoins de protection des déploiements IA dopent les acteurs de la sécurité cloud. Cloudflare affiche +31 % de croissance et une hausse de 43 % de ses obligations de performance restantes. Zscaler progresse dans le Sase (Secure Access Service Edge), architecture combinant connectivité et sécurité en mode cloud, adaptée aux environnements distribués. À l’inverse, le marché des réseaux mobiles stagne. Le marché du RAN 5G, c’est-à-dire la couche radio reliant les terminaux au cœur du réseau, reste stable. Il faudra attendre l’intégration de l’intelligence artificielle dans les réseaux d’accès radio (RAN),  qui prépare la voie à la 6G. Cette convergence, souvent désignée sous le terme AI-RAN, vise à rendre les réseaux mobiles plus flexibles, performants et autonomes. Pour l’heure, Ericsson signale un recul des ventes mais une amélioration des marges, tandis que Nokia compense par les interconnexions de data centers.

Les data centers proches du plafond

Pour ceux-ci, l’IA fait exploser la demande en capacité. Equinix annonce des réservations annualisées record, à 394 millions de dollars, et un portefeuille foncier pouvant accueillir des projets pour 3 gigawatts. Digital Realty relève sa prévision de résultat opérationnel (FFO) pour 2025 et met en avant la solidité de la demande des hyperscalers. Mais la contrainte énergétique devient déterminante. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation électrique des data centers pourrait doubler d’ici 2030, dépassant 900 térawattheures, sous l’effet du calcul IA. Les retards d’accès au réseau ralentissent la signature des plus grands contrats, et l’on peut anticiper des restrictions de puissance à moyen terme, même si les data centers représentent encore, cette année, moins de 3 % de la demande mondiale d’électricité.

La montée en puissance technologique de l’informatique quantique se confirme – notamment en matière de mise à l’échelle des qubits logiques, d’architectures spécialisées (ions piégés, superconducteurs, photoniques) et de mise en réseau des dispositifs NISQ (Noisy Intermediate-Scale Quantum). Cela ouvre la voie à des applications verticales comme l’optimisation par IA, les communications sécurisées et la simulation. Les sociétés cotées, cependant, notamment IonQ, D-Wave Quantum et Rigetti, doivent encore présenter leurs résultats.

Loin de l’IA, loin du cœur

Le marché mondial du smartphone progresse légèrement (+4 %), après deux années de contraction. Apple maintient sa domination grâce à la résilience des services, car les « AI Phones » de Samsung et Google ne bouleversent pas l’équilibre du marché. En Chine cependant, Xiaomi et Huawei gagnent des parts significatives grâce à des appareils dotés de fonctions d’assistance embarquées et de traitement local de données.  Les innovations restent incrémentales, mais confirment le basculement de la valeur ajoutée vers l’optimisation logicielle.

De même, fintechs et paiements conservent un rythme régulier où l’IA générative n’apporte pas, ou pas encore, de rupture technologique majeure. Visa et Mastercard publient des volumes record, misant sur la tokenisation des cartes et l’intégration de solutions d’IA dans la détection de fraude. Les deux réseaux ont présenté des solutions de paiement agentique, qui n’impactent pas encore leurs résultats. Une convergence s’ébauche avec certaines cryptos, comme Coinbase, qui met en avant la montée des activités de dépositaire et d’infrastructure blockchain, plus stables que le trading pur.

Croissance concentrée et coûteuse

La lecture d’ensemble confirme une tendance nette : la croissance portée par l’IA dépasse systématiquement les prévisions. Mais la rentabilité reste concentrée : une dizaine d’acteurs captent l’essentiel des bénéfices. L’année 2026 sera décisive : elle distinguera les acteurs capables de prouver la rentabilité concrète de leurs projets IA de ceux qui auront simplement participé à la phase d’expansion. Or, les montants engagés dans l’infrastructure et la puissance de calcul font peser un risque de surinvestissement si l’adoption ralentit. La transition de l’euphorie vers les résultats mesurables est engagée.  


Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_df5fc6f65e9248e2bf404a23e211a4f3