Pourquoi et comment percevons-nous les différentes odeurs qui nous entourent ? C’est pour répondre à cette question que des chercheurs ont utilisé l’IA pour développer un outil capable de prédire le profil olfactif d’une molécule en se basant uniquement sur sa structure. Cette avancée majeure, publiée dans la revue Science, a été possible grâce à l’application de l’apprentissage automatique pour créer une « carte des odeurs ». Cette carte peut identifier les molécules ayant des structures différentes, mais des odeurs similaires, et vice-versa. Le modèle d’IA a été entraîné à l’aide d’un jeu de données comprenant 5 000 odorants connus, ce qui lui permet de prédire des descripteurs d’odeur basés sur la structure moléculaire. Comparé à des panélistes humains formés, le modèle d’IA a surpassé les évaluations humaines pour 53% des molécules testées. Le modèle a également montré des capacités qu’il n’avait pas été formé à reconnaître, comme la prédiction de l’intensité des odeurs.
L’étude a été conduite par le Monell Chemical Senses Center en collaboration avec la start-up Osmo, issue de recherches sur le machine learning menées chez Google Research. Les chercheurs ont découvert que leur modèle d’apprentissage automatique pouvait décrire, en termes humains, comment les produits chimiques pourraient sentir. L’importance de cette découverte réside dans son potentiel d’application : la création de nouveaux parfums, la mise au point de répulsifs contre les moustiques ou encore la compréhension approfondie de la manière dont notre cerveau et notre nez fonctionnent ensemble pour percevoir les odeurs.
Osmo, la start-up qui est à l’origine de cette carte des odeurs, a réalisé en début d’année une levée de fonds initiale de 60 millions de dollars à laquelle ont participé Lux Capital et Google Venture. L’entreprise utilise l’apprentissage automatique pour quantifier, numériser et concevoir des parfums. Elle est notamment parvenue à créer des molécules créant un parfum qui repousse les moustiques.
Ces choses où l’odeur se mêle à la couleur
Si on peut traduire les molécules en descriptions d’odeurs, pourquoi ne pas traduire ces odeurs en couleurs ? Givaudan, un parfumeur suisse, a racheté en 2021 la start-up française Myrissi, dont la technologie d’intelligence artificielle permet de transformer des odeurs en couleurs et en images. L’objectif ici est d’utiliser l’IA comme un assistant marketing, pour faire coïncider les odeurs et les couleurs en fonction des sentiments causés par le parfum. Dis-moi ce que tu vois, je te dirai ce que tu veux sentir.
Baudelaire et Des Esseintes ne vont plus se tenir de joie.
Pour en savoir plus :
- BRIAN K. LEE
- Brian Lee et al., A principal odor map unifies diverse tasks in olfactory perception, Science, 31/08/2023
- AI predicts chemicals’ smells from their structures, Nature, 31/08/2023
- Benjamin Sanchez-Lengeling et al., Machine Learning for Scent: Learning Generalizable Perceptual Representations of Small Molecules, Arxiv.org, 25/10/2019
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_b0150a0790724ce48dc75b5830b0cccf