- Le fait nouveau. Synchron, basé à New York, boucle un tour D de 200 M$ mené par Double Point Ventures (avec, notamment, IQT), afin de préparer la commercialisation du Stentrode et d’en financer la prochaine génération.
- Comment ça marche. Stentrode est une interface cerveau‑ordinateur (BCI) introduite par cathéter jusqu’à un vaisseau au‑dessus du cortex moteur, évitant la trépanation. Dix patients ont été implantés à ce jour entre les États-Unis et l’Australie. Synchron dit vouloir construire la première BCI non chirurgicale conçue pour la vie quotidienne. Elle vise une « whole‑brain interface » endovasculaire à haut nombre de canaux.
- Au chevet. En parallèle, CoMind, à Londres, lève 102,5 M$ (tour mené par Plural) pour porter son dispositif non‑invasif « CoMind One » vers l’agrément des autorités de santé. La start-up développe une optique cohérente inspirée du Lidar : des lasers infrarouges sont émis à travers la peau et l’os, le signal réfléchi est recombiné avec une référence pour mesurer en continu le débit sanguin cérébral, l’autorégulation vasculaire et estimer la pression intracrânienne avec un capteur adhésif frontal. Des algorithmes de machine learning extraient des données cliniques pour fournir une surveillance continue et multimodale.
- EN FILIGRANE : deux thèses de mise à l’échelle • L’écosystème s’étend de l’implant chirurgical haut débit aux approches minimales, endovasculaire ou non invasives. Les mégatours se multiplient dans les deux. Neuralink a levé 650 millions de dollars au printemps, sur une valorisation non confirmée d’environ 9 Md$ ; la start-up d’Elon Musk mène des essais humains. Paradromics a sécurisé 108,4 millions de dollars en juin pour une plateforme BCI ultra-haute définition ; Precision Neuroscience a réuni 195 millions de dollars en deux tours, au premier semestre, pour un implant non pénétrant. En France, Brains et Clinatec sont loin de disposer de pareilles sommes.
- À SURVEILLER : L’intérêt militaire • La présence d’IQT, un fonds adossé historiquement à la CIA (et premier investisseur de Palantir), confirme l’intérêt des forces de sécurité pour des BCI posables hors bloc de neurochirurgie. Les BCI sont envisagées pour l’optimisation de la prise de décision, la compréhension rapide de situations complexes, et l’amélioration de la vigilance et du contrôle des systèmes autonomes (drones, robots, véhicules…). Des interfaces passives seraient à l’étude pour évaluer en direct le niveau de stress, de fatigue et de charge cognitive des agents, avec la perspective de documenter leur état mental au moment d’une action critique.
Inbrain Neuroelectronics • Microsoft • Unesco
- Éthique neurotech • L’Unesco vient d’adopter une Recommandation sur l’éthique de la neurotechnologie, entrée en vigueur le 12 novembre 2025. Ce texte comporte plus de 100 recommandations visant notamment le consentement explicite, la protection de la vie privée mentale, la vigilance dans l’usage au travail et auprès des jeunes, et consacre la notion d’« inviolabilité de l’esprit humain ». Il s’appuie sur une enquête qui établit une hausse de +700 % des investissements dans les neuro-technologies entre 2014 et 2021. Le dispositif prévoit que chaque État adapte les principes à son droit national pour encadrer la R&D, l’industrialisation et l’usage grand public de technologies permettant d’accéder, d’analyser ou de moduler le système nerveux. Il est probable que la Recommandation accélère l’adoption de législations nationales sur les « données neurales » et impose de nouvelles obligations de transparence et de responsabilité aux acteurs industriels.
- L’IA contre Parkinson • La barcelonaise Inbrain Neuroelectronics vient de formaliser un partenariat stratégique avec Microsoft afin d’intégrer de l’« IA agentique » – notamment des modèles de langage temporels (time-series LLM) et des outils analytiques de la plateforme Azure AI – à sa plateforme de stimulation cérébrale et interface cerveau-machine (BCI) thérapeutique. L’ambition affichée est le pilotage en boucle fermée (« closed-loop ») de thérapies pour la maladie de Parkinson, l’épilepsie ou la rééducation post-AVC, via un agent adaptatif qui ajuste en temps réel la modulation neuronale sur la base du signal individuel du patient. La technologie d’Inbrain repose sur des électrodes ultrafines en graphène (≈ 10 µm), implantées sous le crâne, directement au contact du cortex, qui permettent à la fois décodage et modulation neurale. Le dispositif principal d’Inbrain pour la maladie de Parkinson bénéficie depuis 2023 du statut « Breakthrough Device » de la Food and Drug Administration (FDA) en tant que thérapie adjointe.
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_f255eb99f92f4da8979482d3a20bd38e