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COP30 : le numérique bascule dans l’action

À Belém, la première semaine de la COP30 a vu l’officialisation d’un écosystème “Green IT” inédit : lancement du Green Digital Action Hub, création de l’AI Climate Institute, déploiement de l’initiative Beat the Heat, adoption de la Déclaration de Belém sur l’industrialisation verte et relèvement des investissements des grands opérateurs d’électricité pour les réseaux et le stockage.

Dès l’ouverture, la COP30 a placé la technologie dans le dur de l’agenda. Le 10 novembre, l’Union internationale des télécommunications a lancé le Green Digital Action Hub, une plateforme mondiale ancrée au Brésil qui prolonge la Déclaration “Green Digital Action” signée à la COP29 et fédère ONU, banques de développement et coalitions industrielles autour d’outils, données et expertises pour décarboner le numérique et accélérer l’adoption de solutions vertes, avec un accent sur le Sud global.  Le 11 novembre, le secrétariat de la COP a confirmé le lancement de l’AI Climate Institute (AICI), porté par l’UIT, l’Unesco et l’autorité brésilienne des télécoms (Anatel) : l’institut vise la montée en compétence des pays en développement sur des usages d’IA sobres et adaptés aux contextes locaux, avec un référentiel ouvert de modules de formation et de ressources techniques. Côté systèmes énergétiques, l’Alliance des entreprises d’électricité pour le Net Zéro (Uneza) a relevé ses plans d’investissement à près de 150 milliards de dollars par an, soit plus de 1 000 milliards d’ici 2030, avec un pivot assumé vers réseaux et stockage. La COP30 a, dans la foulée, installé un Conseil de coordination “grids & storage” pour accélérer l’extension et la résilience des réseaux.  Un autre signal politique a marqué la semaine : le 12 novembre, une Déclaration sur l’intégrité de l’information climatique a été dévoilée, première incursion formelle de la lutte contre la désinformation dans l’Action Agenda des COP. 

La même journée, la présidence brésilienne et la Cool Coalition du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) ont enclenché la phase d’exécution de Beat the Heat pour aider plus de 185 villes à se doter de plans de rafraîchissement urbain et de refroidissement durable, avec un objectif de protection directe pour 3,5 milliards de personnes. En fin de semaine, les ministres ont entériné la Déclaration de Belém sur l’industrialisation verte, qui cadre les politiques de décarbonation des industries lourdes, la coopération technologique et la montée en gamme des chaînes d’approvisionnement dans les économies émergentes. 

Un agenda numérique qui se structure

Le Green Digital Action Hub s’impose comme centre opérationnel du pilier numérique de la COP30 : il doit publier un portail ouvert pour suivre les émissions et les déchets électroniques du secteur, proposer des guides pour “verdir” les infrastructures, soutenir les pays via partage de données, d’outils et de méthodologies. Des acteurs spécialisés de l’e‑déchet alimentent déjà la brique “mesure” du Hub pour fiabiliser les séries statistiques.  Au-delà de l’appui aux politiques publiques, le Hub sert de trait d’union entre normalisation, financement et retours d’expérience, ce qui répond à un besoin identifié : l’absence d’indicateurs harmonisés sur l’empreinte du numérique freine la planification et la régulation.

L’AICI pose l’autre pièce maîtresse : déploiement de formations, laboratoires et dépôt numérique ouvert pour permettre aux administrations, instituts et entreprises des pays du Sud d’adapter des modèles “légers” à faible consommation d’énergie et de données. L’institut s’ancre dans le calendrier de la COP30 Action Agenda, avec un plan 2026‑2027 et un premier atelier pilote mené à Belém en octobre. 

Mesurer l’empreinte de l’IA, combler les trous de la raquette

Faute de cadre commun, la mesure de l’empreinte écologique de l’IA reste hétérogène. La COP30 a mis ce sujet sur scène via l’AI Environmental Footprint Measurement Hackathon : le palmarès distingue GreenMind, un projet de normalisation des modèles d’énergie pour l’entraînement à grande échelle et EcoAI Tracker pour le suivi multi‑indicateurs.  L’effort rejoint une autre brique de gouvernance présentée à Belém : la Déclaration sur l’intégrité de l’information, qui ouvre la voie à des engagements étatiques pour fiabiliser l’espace informationnel climat, condition indispensable à toute planification carbone crédible. 

Cette consolidation normative arrive à point nommé. Les responsables onusiens ont rappelé que la nouvelle demande électrique – y compris celle créée par les centres de données tirés par l’IA – doit se raccorder à de l’électricité décarbonée. L’argument tient à la fois au climat et à l’acceptabilité : sans sécurisation de l’approvisionnement en électricité propre, chaque nouveau service numérique creuse le déficit d’émissions. 

Le coût environnemental du numérique sous surveillance

La pression s’accroît sur l’empreinte eau‑énergie des centres de données. Un rapport de 2024 du Lawrence Berkeley Lab estime qu’aux États‑Unis, le refroidissement direct a mobilisé plus de 50 milliards de litres en 2023, tandis que l’eau “indirecte” liée à la production d’électricité atteignait près de 800 milliards de litres. Des installations de grande taille peuvent consommer plusieurs millions de litres par jour.  À Belém, des ONG ont pointé un risque de “verdissement de façade” si les opérateurs multiplient les annonces sans transparence sur les impacts locaux sur l’eau, les sols et la biodiversité. 

Le Brésil affiche une stratégie proactive. Une note d’analyse de la Fondation Heinrich Böll sur le Plan brésilien pour l’IA 2024‑2028 évoque 23 milliards de reais (3,75 Md€) de budget, dont 500 millions pour un programme “IA, durabilité et énergies renouvelables” et 2,3 milliards pour des “data centers verts”. En parallèle, Brasilia ouvre des incitations fiscales pour attirer de grands centres informatiques, avec des projets dépassant 300 MW et un couplage affiché à des parcs éoliens. Ces annonces nourrissent un débat national sur les “garde‑fous” environnementaux et la localisation des sites. 

Des infrastructures publiques numériques pour le climat

Autre proposition structurante, le Brésil appelle à créer une “infrastructure publique numérique pour le climat” (Climate DPI) : une sorte de “système d’exploitation” qui assemble identité numérique, rails de paiement, échanges de données et couches applicatives ouvertes pour connecter suivi des émissions, financements et exécution des politiques. Le document présenté par la présidence décrit un “ClimateStack” modulaire et des bénéfices attendus comme la surveillance en temps réel de la déforestation, plus de transparence sur les marchés carbone et une forte réduction des délais de réponse aux catastrophes.  Dans le même esprit, un Plan d’accélération des infrastructures et biens publics numériques pour le climat recense déjà plus de vingt outils open source réplicables par au moins trente pays. 

Beat the Heat illustre l’approche “solutions locales à grande échelle”. L’initiative, désormais en phase de déploiement, vise des actions de rafraîchissement urbain : solutions passives dans le bâti, nature en ville, achats publics d’équipements à haute efficacité, plans municipaux de résilience aux vagues de chaleur. 

Réseaux, stockage : l’autre jambe de la transition numérique

Les engagements d’Uneza et la création d’un Conseil de coordination pour les réseaux et le stockage posent une condition matérielle de la sobriété numérique : sans réseaux renforcés et capacités de stockage massives, l’essor de l’électrification et des usages numériques sobres reste bridé. Les membres d’Uneza visent une hausse annuelle de l’investissement à environ 150 milliards de dollars, et un cumul supérieur à 1 000 milliards d’ici 2030, avec un ciblage explicite sur réseaux et systèmes de stockage.  À Belém, les partenaires ont également présenté des principes de financement pour des “pipelines” de projets réseau dans les économies émergentes. 

Pour les entreprises et décideurs publics, ces annonces recoupent les priorités opérationnelles décrites dans le dossier source : d’un côté, maximisation des gains climatiques de l’IA par des cas d’usage à fort impact ; de l’autre, réduction à la source de l’empreinte des systèmes d’IA. Cela suppose des modèles spécialisés et compacts au lieu de recourir par défaut à des systèmes généralistes lourds, une exécution “carbon‑aware” qui déplace les calculs vers les heures et les zones à électricité bas carbone, une écoconception appliquée aux fonctionnalités et une exigence d’approvisionnement en électricité décarbonée en continu (24/7). 

Mesures, incitations, intégrité : les leviers de mise à l’échelle

La faisabilité industrielle passe par une métrique partagée. Le dossier propose un “Sustainable AI Quotient” (SAIQ) qui rapporte la performance utile d’un système IA aux ressources engagées : argent, kilowattheures, CO₂ et eau. Un tel indice, proche de l’esprit des mesures d’efficacité (PUE/WUE) des data centers, facilite des arbitrages “go/no‑go” et renforce la commande publique, via des appels d’offres qui intègrent l’efficience des infrastructures, la part d’énergie décarbonée heure par heure, les plans de réemploi des serveurs et la transparence eau/carbone par requête.  

Enfin, l’intégrité de l’information se hisse au rang de condition de succès des politiques climatiques : à Belém, la Déclaration dédiée inscrit des engagements étatiques pour assainir l’espace informationnel et protéger les acteurs de connaissance, ce qui réduit le risque de dérives et d’“infox” dans les débats sur l’empreinte du numérique et de l’IA. 

Au total, la COP30 donne un cap : des briques institutionnelles pour le numérique vert, des chantiers concrets sur le refroidissement urbain et les réseaux, un socle d’intégrité informationnelle, et une ligne rouge claire — toute nouvelle demande électrique, IA comprise, doit se raccorder à des capacités propres. Le succès dépendra de l’alignement entre mesure, financement, infrastructures et gouvernance, au service d’une IA utile au climat plutôt que coûteuse pour la planète.

DC Draino • Google • Vinod Khosla • Laura Loomer • Rogan O’Handley • Jack Posobiec • Chaya Raichik • Donald Trump

  • Socialisme américain • Le très prestigieux fondateur de Khosla Ventures, Vinod Khosla, a proposé que le gouvernement américain prenne une participation de 10 % dans toutes les sociétés cotées en Bourse afin de constituer un « fonds national » redistribué à la population. Il s’agit pour lui d’un moyen de partager collectivement la richesse générée par l’IA, qui risque de rendre obsolètes de nombreux emplois en ouvrant cependant de larges opportunités entrepreneuriales dans chaque profession. Vinod Khosla a précisé que l’idée lui était venue après l’acquisition par l’administration Trump d’une participation de 10 % dans Intel, et qu’elle visait à anticiper une économie fortement déflationniste vers 2035.
  • Prendre le soleil en orbite • Google vient de dévoiler Project Suncatcher, un projet de recherche ambitieux visant à déployer des satellites-datacenters en orbite héliosynchrone pour faire tourner des modèles d’intelligence artificielle via des puces TPU maison.  L’idée : exploiter une exposition solaire quasi permanente où les panneaux peuvent être jusqu’à huit fois plus productifs qu’au sol. La phase de test est fixée à début 2027 en partenariat avec Planet Labs (deux satellites prototypes) pour valider le matériel dans l’espace, notamment les TPU et les liaisons optiques inter-satellites. Sur le plan économique, Google estime que l’équation pourrait devenir viable d’ici le milieu des années 2030, si le coût de lancement tombe sous les 200 $/kg. Sur le plan technique, il faudra garantir des débits inter-satellites de l’ordre de dizaines de térabits/seconde, ce qui impose des formations de satellites très rapprochées (quelques centaines de mètres à un kilomètre) pour compenser la perte de signal liée à la distance. De plus, les puces devront résister à des niveaux de radiation bien supérieurs à ceux des infrastructures terrestres. Mais ce projet s’inscrit dans une course spatiale parallèle à la montée des besoins en IA : d’autres acteurs comme SpaceX ou Blue Origin évoquent aussi des datacenters en orbite.

  • Garde rapprochée d’influenceurs • Donald Trump s’appuie, pour sa communication, sur 22 influenceurs qui ont pris aux États-Unis une place comparable aux grands médias, révèle une enquête de Reuters. Parmi ceux-ci figurent Laura Loomer, Jack Posobiec, Rogan O’Handley (alias DC Draino), Chaya Raichik (alias Libs of TikTok) et Nick Fuentes. Ces indépendant travaillent de concert avec l’administration pour cibler des adversaires, amplifier des allégations infondées et renforcer le discours présidentiel.  Les mutations technologiques et la défiance envers les médias ont permis à cet écosystème de s’imposer comme force dominante dans l’espace informationnel américain, brouillant les frontières entre communication officielle et opinion privée.

  • Noël avant l’heure • Google projette, selon Reuters, un projet de centre de données destiné à des applications d’intelligence artificielle sur l’île Christmas (« Noël »), territoire australien isolé de l’océan Indien, à 350 km au sud de l’Indonésie. Le site, d’une puissance estimée à 7 mégawatts, serait alimenté par un mix diesel-renouvelable et relié par un futur câble sous-marin à Darwin. Ce projet s’inscrit dans l’accord cloud triennal signé en juillet entre Google et le ministère australien de la Défense, et pourrait servir de nœud avancé pour des opérations de commandement assistées par IA. Des négociations sont en cours avec les autorités locales et une entreprise minière pour l’approvisionnement énergétique. Les autorités australiennes assurent que la capacité du réseau insulaire sera préservée pour les habitants. Si l’installation voit le jour, elle renforcerait la résilience numérique australienne et le positionnement stratégique de Canberra face à la Chine dans l’océan Indien.

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_f255eb99f92f4da8979482d3a20bd38e