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L’Europe devient le nouveau terrain d’essai des robotaxis, mais la lenteur réglementaire et les prudences industrielles freinent le passage à l’échelle. Les grands pays européens de l’automobile paieront très cher leur frilosité, s’ils ne se ressaisissent pas rapidement.

L’Europe devient le nouveau terrain d’essai des robotaxis, mais la lenteur réglementaire et les prudences industrielles…
  • Le fait nouveau : Le géant chinois Baidu a annoncé le 22 octobre le lancement de ses premiers essais de robotaxis en Suisse, en partenariat avec l’opérateur de transports publics PostBus. Le service, baptisé Apollo Go en Asie mais AmiGo en Europe, débutera ses tests en décembre 2025 avant une mise en service commerciale au premier trimestre 2027. Entièrement électriques et de niveau 4 d’autonomie, les véhicules Apollo RT6 circuleront dans trois cantons de Suisse orientale, sous supervision des autorités fédérales suisses.
  • Entrée dans l’Union : Au Luxembourg, Pony.ai a scellé le 17 octobre une alliance stratégique avec Stellantis pour tester des véhicules autonomes avant la fin de l’année. Les essais s’appuieront sur des vans électriques Peugeot e-Traveller et associeront le transporteur Emile Weber. Luxembourg, qui autorise déjà la circulation de véhicules sans conducteur à des fins de recherche, pousse ainsi ses pions pour devenir un futur hub européen de la conduite autonome.
  • Outre-Manche : Dans les semaines à venir, débuteront à Londres les essais de Waymo, qui a obtenu les autorisations préliminaires pour faire circuler sur la voie publique des véhicules avec conducteur de sécurité, pour collecte de données et établir les cartes hautes définition cruciales pour des véhicules de niveau 4. La filiale de Google table sur un lancement commercial début 2026.
  • Écosystème britannique : La start-up britannique Wayve, qui a levé 1,3 milliard de dollars en trois tours (auxquels s’ajoute une term sheet de Nvidia pour 500 millions, annoncée en septembre dernier) prévoit de lancer ses premiers essais en 2026. Adossée à des partenariats public-privé et à des constructeurs comme Jaguar Land Rover, elle développe une technologie nouvelle d’IA embarquée. Pour sa part, en novembre 2024, Oxa a lancé des Ford E-Transit autonomes au Royaume-Uni et aux États-Unis, équipés de son logiciel Oxa Driver. Ces véhicules électriques peuvent servir de fourgonnettes de logistique ou de minibus pouvant accueillir jusqu’à 10 passagers, capables de circuler en autonomie complète jusqu’à 56 km/h dans un trafic mixte.
  • EN FILIGRANE : Le grand jeu. La rivalité sino-américaine s’installe désormais au plan mondial. Waymo, leader avec plus de 2 500 véhicules en service dans cinq villes américaines, se déploie au Japon et en Grande-Bretagne. Baidu-Apollo Go exploite une flotte de plus de 1 000 véhicules dans une quinzaine de villes chinoises, pousse ses pions à Dubaï et Abu Dhabi, à Singapour, en Malaisie, et maintenant en Suisse. Le troisième opérateur, la chinoise Pony.ai, prévoit d’atteindre les 1 000 véhicules d’ici fin 2025, et table à l’international sur les Émirats et l’Europe. (La toujours bruyante Tesla n’a lancé ses premières expérimentations que cet été, au Texas).

  • À SURVEILLER : Retard continental. Le Royaume-Uni espère créer, grâce à l’Automated Vehicles Act de 2024, un secteur économique qui pèsera, en 2035, 42 milliards de livres sterling, générant jusqu’à 38 000 emplois d’ici 2035 dans les technologies associées (IA, capteurs, cyber­sécurité, maintenance). Les grands pays de l’automobile — France, Allemagne, Italie — n’ont, en revanche, encore autorisé aucun essai public de robotaxis de niveau 4. Leurs constructeurs, qui se concentrent surtout sur la préservation de leurs véhicules thermiques, repoussent les calendriers, invoquant des zones grises réglementaires et la nécessité d’un retour d’expérience électrique avant d’autonomiser leurs flottes. En réalité, les véhicules autonomes nécessitent entre 2 KW et 4 kW de puissance pour alimenter leurs capteurs, actionneurs et ordinateurs embarqués. Or, les architectures électriques à 12V des véhicules à essence ne fournissent généralement que 2 KW à 2,5 kW, déjà largement consommés par les accessoires actuels (sièges chauffants, système audio, vitres électriques. Si elle laisse ses constructeurs choisir le passé, l’Europe pourrait payer très cher sa pusillanimité.

ILS ONT DIT : « Je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses, n’osent rien entreprendre » (Molière, Les Fourberies de Scapin, III, 1)

Amazon • Tesla

  • Les leçons d’Amazon • Cette semaine, Amazon a rappelé au monde, et particulièrement à l’Europe, les risques qu’il y a à dépendre d’une poignée d’acteurs américains. Mais ses plans de robotisation des entrepôts, qui pourraient entraîner la suppression de 500 000 emplois, devraient être étudiés de tout aussi près. Amazon.com, Inc. (commerce et logistique) déploie déjà plus d’un million de robots dans ses centres de traitement de commandes ; elle devrait bientôt atteindre autant de machines que d’employés humains.  Le New York Times a vu des plans internes, selon lesquels plus de 500 000 emplois pourraient être supprimés dans les années à venir (l’entreprise conteste le chiffre). Cela correspond à un tiers des effectifs actuels de l’entreprise, qui emploie 200 000 personnes en Europe dont 25 000 en France. Simultanément, sa société-sœur Amazon Web Services (AWS) a connu une panne « majeure » partant de sa région US-East-1, due à un bug d’automatisation ayant effacé des entrées réseau essentielles de sa base de données Amazon DynamoDB, ce qui a provoqué plusieurs heures de coupures touchant toute sorte de services, notamment des applis bancaires.
  • Furiosa : une saga Tesla • L’agence fédérale américaine de sécurité routière (NHTSA) exige de Tesla des informations sur le mode de conduite assistée « Mad Max », récemment apparu dans le système Full Self-Driving (FSD). Cette version, plus agressive, permettrait aux véhicules de dépasser les limitations de vitesse et d’effectuer des manœuvres rapides. L’agence, qui enquête déjà sur 2,9 millions de véhicules équipés du FSD, a recensé 58 incidents liés à des infractions de sécurité, dont 14 accidents et 23 blessés. Elle a également documenté six cas où des Tesla auraient franchi un feu rouge avant de percuter d’autres véhicules. Tesla n’a pas commenté.

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_6c972b8b68024ed992c109ce0f65c7ff