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ChatGPT Atlas, une carte pour les projets d’OpenAI

OpenAI lance un navigateur encore assez rudimentaire. Il doit surtout occuper le terrain alors que Google greffe Gemini à Chrome, Microsoft ouvre des capacités agentiques à Copilot dans Edge, Perplexity met Comet à disposition de tous, Opera pousse son Aria et Atlassian professionalise Dia.

ChatGPT Atlas, une carte pour les projets d’OpenAI

ChatGPT, le nouveau navigateur d’OpenAI, est l’œuvre de Darin Fisher, ancien architecte de Chrome chez Google. Comme Comet, il propose un navigateur IA dérivé de Chromium, le squelette open source de Chrome. S’il réussit son pari, Google maudira le jour où, pour tuer dans l’œuf des plaintes sur la concurrence, il a publié son code. Mais ce jour n’est pas encore arrivé, loin de là.

Guerre à Google

L’originalité d’Atlas réside dans l’intégration profonde de ChatGPT à tous les étages. Une barre latérale « Ask ChatGPT » s’ouvre sur n’importe quelle page, résume un contenu, extrait des points clés ou génère un texte de réponse sans quitter l’onglet. Un curseur d’édition insère des propositions dans les champs de formulaires et les éditeurs en ligne. Une fonction « browser memories » enregistre, si l’utilisateur l’active, des éléments utiles (pages ou tâches en cours) pour faciliter la reprise de contexte, avec un tableau de bord qui permet d’archiver ou d’effacer ces traces. 

Côté grand public, l’intérêt le plus évident porte sur la lecture assistée, la rédaction guidée et l’achat en ligne sous supervision. L’activation par défaut de ChatGPT dans la barre d’adresse ne remplace peut-être pas tous les cas d’usage de la recherche classique, mais elle montre l’ambition d’OpenAI de remplacer Google comme plateforme de référence. 

Sur le segment professionnel, Atlas vise des usages d’analyse, de sourcing et de préparation documentaire, avec un mode Business/Enterprise en bêta et des contrôles d’administrateur. La capacité à cadrer le mode agent par domaine, à désactiver les mémoires et à isoler les sessions conditionnera l’adoption en entreprise. L’adossement de Dia à Atlassian confirme d’ailleurs une bascule du « navigateur‑IA » vers un outil de travail collaboratif. 

Maître agent

Le mode agent constitue la pièce maîtresse. Une fois enclenché, l’agent réalise des séquences web complètes sous supervision : comparaison de produits, constitution d’un panier, préparation d’un itinéraire, puis restitution étape par étape. OpenAI pose des garde‑fous : l’agent ne peut pas exécuter de code, ni installer d’extensions, ni accéder aux mots de passe ou au remplissage automatique ; il fonctionne aussi en « mode déconnecté » où aucune session existante ne se trouve utilisée sans accord explicite. Les pages visitées par l’agent n’entrent pas dans l’historique du navigateur. 

La version actuelle d’Atlas montre des manques. L’autocomplétion d’écriture reste limitée ; des testeurs signalent une efficacité réduite hors champs de texte simples. Le choix du modèle dans la barre latérale n’apparaît pas, ce qui bride les usages exigeant un raisonnement plus poussé. Ces constats rappellent le caractère très précoce de cette première itération. 

Atlas s’appuie sur Chromium et accepte les extensions Chrome, mais des incompatibilités existent, en particulier avec des gestionnaires de mots de passe comme 1Password ; OpenAI indique travailler sur des correctifs. Les outils développeur restent accessibles, avec des limites d’ergonomie. L’export se limite officiellement aux favoris, ce qui nourrit l’idée d’un produit encore incomplet pour un usage principal. 

Rôles brouillés

Dans la terminologie du Web, établie par les spécifications du W3C, un user agent est tout logiciel qui, au nom d’un utilisateur, récupère, interprète et présente des contenus Web, ou permet d’interagir avec eux. Les navigateurs grand public (Chrome, Safari, Firefox), les lecteurs multimédias intégrés, certains outils d’assistance (ex. des technologies d’accessibilité) ou encore des applications construites avec des technologies Web entrent dans ce périmètre. C’est une catégorie fonctionnelle : on parle du rôle que joue un logiciel vis‑à‑vis du Web, pas d’un produit en particulier.

Avec les navigateurs enrichis à l’IA, on parle d’« agents » capables de lire une page, de résumer, voire d’agir (cliquer, remplir des formulaires) à la place de l’utilisateur. Si le système LLM contrôle un navigateur qui, lui, exécute les requêtes et rend les pages, le user agent reste le navigateur : l’IA est un pilote ou une surcouche. Si, en revanche, l’IA réalise elle‑même les requêtes réseau pour récupérer des ressources Web (via un fetch interne, un headless browser ou un robot qui n’affiche pas la page pour un humain), alors ce composant agit comme user agent et doit être traité comme tel par l’écosystème (identification, respect des règles d’accès, etc.). 

Feuille de route

Le W3C a donc engagé des travaux pour cadrer la place des agents IA dans la plate‑forme Web : comment les identifier, quelles permissions expliciter, comment leur faire respecter des politiques d’accès proches de robots.txt, et quels protocoles d’interopérabilité adopter entre agents et services. Dans ces échanges, des propositions extérieures comme un fichier « /llms.txt » (destiné à donner des instructions aux LLM lors de la consultation de sites) sont évoquées, de même que des protocoles émergents pour outiller l’interaction agent‑service. L’objectif n’est pas de rebaptiser les navigateurs, mais d’éviter l’ambiguïté : un agent autonome qui parcourt le Web doit être soumis aux mêmes contraintes qu’un user agent classique et, le cas échéant, s’identifier de façon appropriée.  

La feuille de route d’OpenAI annonce des déclinaisons Windows et mobiles, un élargissement du mode agent et des améliorations sur la confidentialité. Le marché devrait aussi voir apparaître des « API agents » officielles côté e‑commerce, afin d’éviter des navigations visuelles lentes et fragiles. L’écosystème des extensions devra gagner en compatibilité, notamment pour les coffres‑forts d’identifiants ; des correctifs spécifiques pour 1Password figurent dans les chantiers en cours. En parallèle, les travaux du W3C sur llms.txt et sur des protocoles d’interopérabilité peuvent apporter un cadre commun à ces navigateurs IA. Mais tout cela ne résout pas la faille de sécurité au cœur de la navigation agentiques.

Risques spécifiques

La menace la plus citée tient aux « prompt injections » indirectes : des instructions cachées dans une page, un screenshot ou des métadonnées, qui peuvent influencer un agent et l’amener à exécuter une action non souhaitée. Des travaux publiés par Brave à propos de Comet montrent la réalité de ces attaques et, par extension, une vulnérabilité systémique des navigateurs agentiques. La prudence s’impose quand l’agent opère sur des sessions authentifiées. 

OpenAI a installé plusieurs garde‑fous : limites strictes de l’agent sur le système et les données, nécessité de l’accord de l’utilisateur avant des actes sensibles, possibilité d’un mode agent déconnecté. Malgré ces mesures, l’éditeur invite à surveiller les actions de l’agent et à restreindre son périmètre sur des sites à enjeu. Les premières analyses soulignent aussi le coût potentiel en matière de vie privée si la fonction mémoire reste activée sans tri régulier. 

La force tranquille de Google et les avancées rapides de Perplexity

La concurrence avance vite. Aux États-Unis, Google commence à greffer Gemini au cœur de Chrome : la barre d’adresse devient un point de dialogue, la barre latérale un espace d’explication et, à terme, d’automatisation. Comme dans Opera Aria, l’IA lit, résume, classe et signale l’essentiel, mais laisse l’humain agir. Pas de capacités agentiques, donc, mais la force de Chrome réside dans son implantation mondiale : dès que Gemini y sera pleinement actif, l’assistant IA deviendra la norme pour des centaines de millions d’utilisateurs.

Les outsiders sont contraints d’aller plus vite. Edge, de Microsoft, et surtout Comet de Perplexity, intègrent désormais de véritables agents autonomes capables d’exécuter des tâches multi-étapes. Les abonnés à la version Comet Max peuvent lancer plusieurs « Background Assistants » travaillant en parallèle : l’un analyse un marché pendant qu’un autre prépare un rapport ou rédige un courriel. L’« Email Assistant » gère la planification de rendez-vous et le tri de la boîte de réception, rédige des réponses adaptées au ton de l’utilisateur et coordonne des agendas sans supervision continue. Ces agents combinent lecture contextuelle du Web, accès à des sources citées et actions concrètes (recherche, rédaction, compilation de données). Dans cette logique, Comet ne se contente plus d’assister la navigation : il délègue une partie du travail intellectuel et administratif à une flotte d’assistants automatisés.

Internet professionnel

Atlas, de son côté, concentre ces mêmes capacités dans un mode unique d’« agent » intégré au navigateur. Là où Comet favorise la parallélisation d’agents spécialisés et transparents sur leurs sources, Atlas privilégie une immersion conversationnelle : un seul agent généraliste exécute des commandes sous contrôle direct de l’utilisateur. OpenAI met l’accent sur la confidentialité locale et la supervision humaine, tandis que Perplexity pousse plus loin la délégation et la continuité des tâches. En pratique, les deux incarnent le même tournant : la mutation du navigateur d’un outil de consultation vers une plateforme d’exécution automatisée. La différence tient surtout au degré de confiance accordé à l’autonomie de l’IA – Comet l’exploite dans un cadre professionnel et structuré, Atlas la teste à l’échelle du grand public.

En rachetant cet été The Browser Company pour 610 millions de dollars, Atlassian a positionné Dia sur le terrain du navigateur de travail. L’entreprise entend relier le Web aux outils collaboratifs de son écosystème (Jira, Confluence, Trello) et faire du navigateur un espace de projet doté de mémoire et de continuité. Là où Atlas ou Chrome ciblent la productivité individuelle, Dia vise la coordination collective. 

À travers ces six initiatives se dessine une nouvelle cartographie : d’un côté, les navigateurs-assistants, chargés d’alléger la lecture et la rédaction ; de l’autre, les navigateurs-agents, capables d’agir pour l’utilisateur. Entre ces deux pôles, chacun tente d’inventer la bonne dose d’autonomie pour que l’intelligence intégrée au Web inspire confiance.

Mais seul compte le duel entre Google et OpenAI.


Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_6c972b8b68024ed992c109ce0f65c7ff