OpenAI vient d’annoncer ce mercredi matin le retour de Sam Altman au poste de CEO, quelques jours seulement après son éviction (lire Qant du 20 novembre et du 21 novembre). Cette décision intervient avec un accord de principe pour une restructuration partielle du conseil d’administration qui l’avait renvoyé. Parmi les nouveaux venus figurent Bret Taylor, ancien dirigeant de Salesforce, et Larry Summers, ex-secrétaire au Trésor des États-Unis. L’ancien président d’OpenAI Greg Brockman, qui avait démissionné suite à l’éviction d’Altman, a également annoncé son retour. Cette réintégration fait suite à une pétition de la quasi-totalité des plus de 700 employés d’OpenAI, menaçant la démission.
Satya Nadella, CEO de Microsoft, s’est réjoui des changements au sein du conseil d’OpenAI, les considérant comme une première étape essentielle vers une gouvernance plus stable et efficace. Microsoft, qui avait vu son cours de bourse décrocher à l’annonce du départ d’Altman, a réussi à éviter le pire. En faisant à Sam Altman une proposition extrêmement généreuse, le géant de Redmond a réussi à rassurer les marchés. L’arrivée potentielle de Sam Altman et de ses proches – virtuellement, toute l’équipe d’OpenAI – a même poussé le cours au plus haut. Sam Altman se serait vu confier une filiale créée sur mesure, avec un budget de recherche quasiment illimité et des stock options solides.
La prudence au panier
Le modèle de gouvernance du grand groupe coté en Bourse s’impose donc sur celui de la fondation mêlée d’une start-up. Et le débat très californien entre “boomers” et “doomers” – les “accélérationnistes”, comme le VC Marc Andreessen ou le français Yann Le Cun, pour qui rien ne doit ralentir le déploiement de l’IA, et les “décélérationnistes” comme le prix Turing Geoffrey Hinton, pour qui la plus grande prudence s’impose – semble tranché.
Le conseil d’administration d’OpenAI s’était révolté contre Altman sur des questions de transparence sur la sécurité des modèles – malgré divers démentis, ce point semble quasiment certain. Dans sa quête effrénée d’un nouveau CEO pour OpenAI, le conseil aurait même pressenti ce week-end le fondateur d’Anthropic, Dario Amodei. Il aurait proposé une fusion à celui qui a quitté OpenAI en 2020 en reprochant à Sam Altman d’aller trop vite, de déployer des modèles potentiellement dangereux.
Rien n’y a fait. Le retour d’Altman contraint les doomers à une reculade humiliante. Celui qui parmi eux fait le plus autorité, le directeur scientifique Ilya Sutskever, était déjà venu implorer le pardon du maître, octroyé par le biais de petits cœurs sur un tweet – tout le débat interne à OpenAI s’est tenu sur X-Twitter, avec force emojis. À son tour, Adam D’Angelo, ancien de Facebook et fondateur de Quora, est venu à Canossa. Le 3 février, Quora avait lancé Poe, un chatbot mobile que les GPTs lancés il y a deux semaines semblent condamner. Certaines indiscrétions veulent que D’Angelo n’ait pas été mis au courant de la sortie des GPTs – un “manque de transparence” qui l’aurait brouillé avec Altman.
Les négociations sont en cours, mais les deux hommes semblent destinés à rester au conseil, le temps que la gouvernance soit réformée. En revanche, rien n’est dit sur le sort des deux autres membres du conseil, l’entrepreneure Tasha McCauley, également membre de la Rand Corporation, et l’Australienne Helen Toner, membre du Centre pour la gouvernance de l’IA à Oxford lancé début novembre (lire Qant du 20 novembre).
Elles semblaient surtout motivées par la prévention des risques de l’IA. Helen Toner, en particulier, s’est exprimée publiquement en faveur d’une surveillance publique de la sécurité de l’IA, plus exigeante que toute autorégulation. Le conseil est pourtant resté étonnamment silencieux tout au long de la crise. A aucun moment, il n’a justifié le licenciement de Sam Altman ni expliqué les raisons qui l’ont mené à une telle extrémité, au nom de la prévention des risques de l’IA. Il a laissé celui-ci apparaître comme une victime de l’arbitraire et fédérer toute l’entreprise autour de lui.
“L’accélérationnisme” sort ainsi clairement gagnant de la semaine. Avant les événements, Sam Altman faisait justement état d’une importante avancée, “levant le voile de l’ignorance”. Il en aura besoin pour tourner la page et rétablir la confiance dans une entreprise bien secouée.
Pour en savoir plus :
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_1378963bfdc64c3985e5928ac3380137