Cruise, filiale de General Motors, vient d’annoncer le rappel de ses 950 véhicules autonomes dans tous les États-Unis, pour une mise à jour logicielle. Début octobre, un accident avait vu un piéton happé et traîné sur plusieurs mètres par un robotaxi de Cruise, après une collision initiale avec un autre véhicule. La voiture autonome, après avoir percuté le piéton projeté par le premier choc, a tenté de se déporter sur le côté, aggravant les blessures de la victime.
Techniquement, le rappel cible un défaut dans le sous-système de détection de collision du logiciel de conduite automatisée de Cruise. Le patch prévu évitera que les véhicules ne tentent de se ranger en cas d’accident similaire et choisissent de rester immobiles.
Le numérique l’emporte sur l’automobile
Cruise, qui a suspendu ses opérations à l’échelle nationale après que les régulateurs californiens ont jugé ses véhicules comme un risque pour la sécurité publique, a également annoncé la suspension temporaire de la production de son véhicule autonome de niveau 4, le Cruise Origin. La filiale de General Motors fait face à deux autres enquêtes fédérales sur la sécurité de ses voitures, dont l’une concerne un cas où le véhicule n’aurait pas cédé le passage à des piétons. Durant l’été, les pompiers de San Francisco avaient accusé un véhicule Cruise en panne d’avoir bloqué le passage d’une ambulance ; le patient transporté est décédé des suites de ses blessures.
Que Cruise se remette ou non de ce mauvais coup, General Motors, jusqu’à présent seul constructeur automobile en pointe dans les véhicules autonomes, voit son image écornée. Les firmes issues du numérique ne rencontrent pas les mêmes difficultés : Waymo, créé par Google, s’affirme comme le seul pionnier à faire rouler des véhicules de niveau 4. Tesla n’a pas encore ouvert de service de robotaxi mais son IA s’affine au point qu’elle semble miser sur sa capacité à vendre de l’IA aux autres constructeurs : c’est le projet Dojo, qui a su animer son cours de Bourse (lire Qant du 12 septembre). Mais une innovation de taille pourrait venir bouleverser ce palmarès.
La menace fantôme
La start-up Ghost Autonomy s’est lancée en 2017 non loin de San Francisco sur le même modèle que celui qu’on prête aujourd’hui à Dojo : proposer aux constructeurs une plateforme qui leur permet d’intégrer l’IA à leurs véhicules. Son architecture était semblable à celles de ses nombreuses consœurs, jusqu’à une découverte de taille : GPT-4 Vision est en mesure d’analyser les images recueillies par les capteurs du véhicule aussi bien sinon mieux que les IA de la génération précédente. D’après la start-up, GPT-4 s’avère également satisfaisant pour prédire les comportements des piétons, objets et autres véhicules alentour.
La recherche sur les modèles de compréhension de scènes complexes basés sur les grands modèles de langage (LLM), ne fait que commencer. Mais la capacité des systèmes de conduite autonome à naviguer dans des situations complexes et inédites reste encore faible, ce qui conduit les robotaxis à rester confinés dans des villes soigneusement cartographiées et à mal gérer les conditions météo.
Si le potentiel de la découverte de Ghost se confirme, alors les véhicules autonomes, dont tout le monde désespérait il y a encore un an, pourront bénéficier de l’effervescence de la recherche sur les LLM.
Et ouvrir un nouveau marché à OpenAI, qui vient de nouer un partenariat avec Ghost et de lui apporter 5 millions de dollars en série E annoncés le 8 novembre, sur un total de 220 millions levés.
Pour en savoir plus :
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_989026de8c9643168cbbb09743b87b7a