Qant. Quel est aujourd’hui le panorama de l’IA générative en France ?
Stanislas Lot. Nous vivons un moment excitant, enthousiasmant ! On est encore très tôt dans la chaîne, en train d’assister à la formation de l’écosystème. Historiquement, la France a généré de très belles réussites entrepreneuriales, comme Hugging Face, Dataiku et Datadog ; elle a accueilli les équipes de recherche de Meta, en partie celles de Deepmind… Cela a créé un exceptionnel réservoir de talents dans l’IA, ce qui la rend particulièrement attractive. Non seulement Mistral AI a levé plus de 100 millions d’euros, mais on voit beaucoup de start-up européennes se demander si elles ne vont pas suivre l’exemple de Poolside AI, une start-up américaine qui est venu s’installer en France après avoir réuni 126 millions de dollars en amorçage. Ce sont des signaux extrêmement positifs, même s’il ne faut pas se voiler la face devant les difficultés.
Qant. Comment évoluera le financement des start-ups d’IA en France ?
Stanislas Lot. Les masses d’argent en jeu dépassent l’échelle du capital-risque français et même européen : OpenAI a levé 11 milliards de dollars, Anthropic environ 5 milliards… Sur certains modèles d’IA, on voit se recréer la dynamique qui a été celle du cloud. Contre les trois leaders américains suréquipés et surcapitalisés, la France a créé de belles pépites – OVH, Scaleway… – mais elles ne peuvent pas rivaliser à l’international. Ce sont des sujets qui deviennent étatiques : on le voit bien dans le Golfe, où l’Arabie Saoudite investit massivement dans des puces Nvidia…
Qant. La France pourra-t-elle rattraper son retard, notamment sur les LLM ?
Stanislas Lot. Quand on voit que c’est un fonds californien, Lightspeed Ventures, qui a été le principal investisseur dans Mistral, on peut se dire que tout n’est pas perdu… Beaucoup de choses vont se jouer sur les deuxièmes tours de start-up comme Mistral, Poolside ou, en Allemagne, Aleph Alpha. Une intervention publique forte sera nécessaire pour ne pas répéter l’erreur qui a laissé Google et AWS dominer leurs marchés. C’est une question de souveraineté : l’industrie européenne ne peut pas se permettre d’ouvrir l’intégralité de ses documents à des étrangers.
L’Europe peut apporter une réponse à la bonne échelle. On a encore très peu de visibilité sur l’AI Act, mais la régulation permettra sans doute de prendre des paris gagnants. Si OpenAI renâcle tant à fournir les sources des réponses de ChatGPT, ce n’est peut-être pas si innocent…
Qant. Le financement d’AlphaSense (ci-dessus) semble montrer que la transformation par l’IA demandera, elle aussi, une vague d’investissements. Mais quand on considère la vitesse de l’innovation, n’est-ce pas peut-être prématuré ?
Stanislas Lot. En effet. Le fond du sujet est technologique. Est-ce que les grands modèles généralistes vont s’imposer, avec un prix compétitif sur l’ensemble des cas d’usage ? Ou au contraire des plus petits modèles, spécifiques, verticaux, surentraînés, vont-ils se révéler plus efficaces aussi bien en coût qu’en performance ? Il y a très peu de visibilité sur ces questions pour l’instant.
À court terme, il est évident que des petits modèles surentraînés vont l’emporter sur les grands, qui ne peuvent être les meilleurs partout. Mais à long terme ? C’est de cela que dépendra la structure du marché des applications d’IA.
J.R.
Venez échanger avec Stanislas Lot jeudi 12 octobre de 9h à 11h au palais Brongniart à Paris, lors de la première matinale-débat de Qant. Demander une invitation personnelle.
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_d36852517c6046f8985e9a5132cf58ee