“Prompt witch, digital artist”. C’est ainsi que se présente, sur son compte X, Illustrata, une artiste anonyme produisant ses œuvres grâce à l’IA générative, et notamment Midjourney. En français, donc, une artiste digitale “sorcière de l’invite”. En juin dernier, Illustrata et de nombreux autres créateurs participaient à Lisbonne au premier hackathon d’art généré par IA, à l’occasion de la conférence NFC, un évènement rassemblant des acteurs de l’écosystème Web3. Les deux secteurs sont intimement liés : les œuvres d’Illustrata sont ainsi disponibles à la vente sous forme de NFT. A l’heure où, de chaque côté de l’Atlantique, on s’inquiète des risques posés par la GenAI en termes de droits d’auteur (lire Qant du 11 août), de nombreux “artistes IA” optent pour les NFT comme moyen de s’assurer la propriété de leurs œuvres, et donc leur potentielle vente.
Ces artistes voient la technologie non pas comme une menace ou un concurrent, mais comme un outil qui facilite la créativité en automatisant les tâches les plus simples. Cet été, lors de la conférence Siggraph à Los Angeles, consacrée aux graphiques informatiques et aux effets spéciaux, de nombreux outils basés sur l’IA générative ont été présentés pour répondre à l’appétit des studios et de certains créateurs. Par exemple, Pixar a utilisé une technique d’IA appelée VNTS (« volumetric neural style transfer« ) pour influencer le style des flammes d’un personnage de leur film, tout en insistant sur le fait que ce n’était qu’un outil et que le film n’était pas « fait avec l’IA ». Le NTS, en 2 comme en 3 dimensions, utilise l’intelligence artificielle pour transférer le style d’un artiste d’un objet à l’autre.
Comme souvent, ce sont les contenus les moins orthodoxes, et spécifiquement la pornographie sur Internet, qui adoptent le plus voracement les nouvelles techniques. Le modèle en open source Stable Diffusion a été ré-entraîné à des fins pornographiques, avec un jeu de données pour adultes. Le nouvel Unstable Diffusion a vu sa communauté croître rapidement sur Reddit puis sur Discord.
Malgré quelques obstacles, comme des interdictions de Kickstarter et Patreon, Unstable Diffusion a réussi à lancer un site web générant plus de 500 000 images par jour pour plus de 350 000 utilisateurs. La qualité des images générées par Unstable Diffusion a progressé, avec des rendus plus réalistes et anatomiquement plausibles même si le modèle montre des signes de biais, avec des représentations stéréotypées en fonction du sexe et des origines ethniques. Tout en essayant d’éviter les contenus les plus controversés, tels que les deepfakes pornographiques de célébrités, Unstable Diffusion cherche à évoluer vers une entreprise SaaS. Elle vend des abonnements à sa plateforme en mettant l’accent sur la personnalisation.
Une histoire dont vous êtes le héros – ou le metteur en scène
Chacun peut en effet créer grâce à l’IA et devenir, sinon un “AI artist” ou une “sorcière de l’invite”, le maître de son propre film. En juillet dernier, l’application Showrunner AI a ainsi proposé à ses utilisateurs de créer leurs propres épisodes de la série humoristique South Park à partir d’un simple prompt. Fable Studio, les développeurs de Showrunner AI, ont démontré la capacité de leur programme en créant un épisode de « South Park » où une IA souhaite prendre le contrôle de l’émission.
Fable Studio précise que son produit n’a rien à voir avec l’équipe de « South Park ». L’IA est conçue pour que les utilisateurs créent des histoires avec leurs propres images et personnages. Ce qui pourrait ouvrir de nouveaux horizons à la narration interactive et une nouvelle déclinaison aux “franchises” culturelles proposées sous forme de livres, films, jeux vidéos… Harry Potter n’a qu’à bien se tenir.
M. de R.
Pour en savoir plus :
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_045df08051ce4569932985b7422f69a8