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AI, leave my voice alone

Des scientifiques recréent une chanson des Pink Floyd à partir de l’activité cérébrale de certains patients dans le but de redonner la parole aux “emmurés vivants”. Mais de nombreuses voix s’élèvent contre les IA qui donnent de la voix.

AI, leave my voice alone

Cet été, des chercheurs de l’Université de Californie à Berkeley ont reconstitué la chanson Another Brick in the Wall du groupe britannique Pink Floyd en utilisant l’activité cérébrale de 29 patients. Posées sur leur boîte crânienne, des électrodes pour monitorer des crises d’épilepsie ont capté les signaux cérébraux relatifs aux éléments musicaux, tels que le ton et le rythme. Grâce à des algorithmes de machine learning, les chercheurs ont pu reconstituer une version quelque peu altérée, mais parfaitement reconnaissable, de ce que les participants entendaient. Cela donne espoir à tous ceux qui souffrent du syndrome d’enfermement, ou qui perdent la capacité de communiquer de manière naturelle. L’étude, publiée dans PLOS Biology, ouvre aussi des perspectives pour les interfaces cerveau-ordinateur, rendues populaires par Elon Musk. D’autres expériences ont déjà synthétisé des images et des textes à partir d’IRM (lire Qant du 3 mai et 7 mars derniers).

Mais plus immédiatement, ce sont les progrès de la synthèse vocale qui créent problème. En Grande-Bretagne, le syndicat d’acteurs Equity se mobilise contre l’utilisation dans certains jeux vidéos de la voix de certains acteurs, sans leur consentement. Il a récemment lancé un kit qui établit des normes éthiques et fournit des modèles pour que les artistes fassent respecter leurs droits. Ses protestations font écho au mouvement qui paralyse Hollywood depuis quatre mois (lire Qant du 11 août).

Le chanteur irlandais Hozier a déclaré de son côté qu’il envisage de faire grève face à la menace que représente l’intelligence artificielle. Les exemples d’utilisation de la GenAI dans le secteur musical sont déjà légion. Une chanson conjointe des rappeurs Drake et The Weeknd, composée entièrement par IA à l’insu des artistes concernés, a par exemple défrayé la chronique ce printemps, tout comme l’annonce d’une prochaine chanson des Beatles recréée par IA (llire Qant du 11 mai et 14 juin). Plus récemment, Ed Newton-Rex, vice-président de Stability AI pour l’audio, a ainsi co-écrit avec GPT-3 une composition intitulée « I stand in the library » pour chœur et piano, inspirée par un poème généré par l’IA. Après avoir été interprétée lors du festival « Live from London », cette œuvre a été publiée sous forme de partition musicale, bien que les paroles générées par l’IA ne soient pas protégées par les droits d’auteur.

Face à ces bouleversements, les acteurs majeurs du secteur tentent de réagir. Google et Universal Music sont en négociations pour licencier les mélodies et les voix des artistes pour des chansons générées par l’IA. Les artistes d’Universal Music, comme Rosanne Cash et Yo Gotti, collaboreront avec YouTube pour étudier l’avenir des royalties musicales à l’ère de l’IA générative. L’initiative vise à garantir une compensation appropriée aux artistes face à l’évolution technologique, après les défis rencontrés par l’industrie musicale lors de l’émergence du streaming.

Pendant ce temps, les solutions techniques se multiplient. Le 2 août dernier, Meta a annoncé la mise en open source d’AudioCraft, un cadre permettant de générer de l’audio de haute qualité à partir de textes, comprenant trois modèles (MusicGen, AudioGen et EnCodec), visant à simplifier et démocratiser la création d’audio et de musique grâce à l’IA tout en encourageant la recherche et l’innovation dans le domaine. On peut aussi citer l’éditeur espagnol du logiciel Voicemod qui a intégré une vingtaine de voix d’avatars créées par IA, permettant aux gamers sur Discord de personnaliser instantanément leur voix durant leurs parties. De son côté, Songburst permet aux utilisateurs de générer de la musique en tapant simplement une invite textuelle.

M. de R.

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Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_4e78c39a1ab34470899ba85c991eb34e