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Même pas peur

L’annonce des ambitions françaises dans l’IA et la tech n’a eu que peu d’effets à l’étranger. A défaut de relations presse, peut-on s’attendre à des effets plus substantiels des milliards promis ? Probablement pas : too little, too late.

Même pas peur

500 millions d’euros pour l’IA ; 7 milliards de nouveaux investissements directs dans la décarbonations et la technologie, générant plus de 35 milliards d’investissements totaux : le Président de la République n’y est pas allé de main-morte, la semaine dernière, lors de sa visite à Vivatech. La canadienne Reuters a ignoré le discours mais les deux principales agences américaines, Associated Press et Bloomberg, ont toutes deux proposé des dépêches à leurs clients et leur écosystème. Sans grand effet, même en Europe.

Outre-Atlantique, seul le Washington Post a repris la dépêche d’AP. Aucun autre grand média ne s’est penché sur les ambitions françaises, hormis la chaîne spécialisée CNBC qui note que les ambitions de la France sont confrontées à une concurrence féroce au sein même de l’Union européenne, notamment de la part du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Dans ces deux pays, même silence médiatique.

Outre-Rhin, le site Euractiv préfère se pencher sur le manque de capital privé dédié aux nouvelles technologies en Europe. Le plan dit “Tibi”, d’après le nom de son créateur Philippe Tibi, ancien président de l’Amafi, le syndicat professionnel des sociétés de Bourse, voulait lever 10 milliards d’euros auprès des grands investisseurs institutionnels français pour créer à Paris un écosystème de gestionnaires d’actifs et d’investisseurs spécialisés dans les techs internationales. Il a donc été souvent critiqué comme une manière de flécher l’épargne française vers le Nasdaq américain et n’a réuni, à l’arrivée, que 6 milliards d’euros. Le plan dit “Tibi 2” tire les leçons de l’expérience : il espère cette fois réunir 7 milliards d’euros, partagés entre la décarbonation et la tech.

De même, la presse espagnole se concentre plutôt sur la tentative de dernière minute de l’Elysée de profiter de la visite d’Elon Musk à Paris pour attirer en France l’usine Tesla prévue près de Valencia (et dont l’implantation en Espagne a été successivement confirmée). Seul Semana se fait l’écho des ambitions françaises en matière d’IA.

A.I.taly

En revanche, le quotidien économique italien Il Sole 24 Ore leur consacre une large place. Il reprend, comme AP, l’appel du président français à intensifier le développement de l’intelligence artificielle en Europe, tout en mettant en place des réglementations « intelligentes » qui n’entravent pas la croissance des entreprises technologiques et même la suggestion d’élargir les discussions sur la réglementation de l’IA aux organisations basées à Paris comme l’Unesco et l’OCDE. Il y voit cependant une critique en creux de l’AI Act européen.

Emmanuel Macron a estimé que la France est bien placée en matière d’IA grâce à l’accès aux talents et aux startups se formant autour de la technologie. Parmi les mesures concrètes, Emmanuel Macron a annoncé un investissement de 500 millions d’euros pour renforcer la compétitivité de l’écosystème IA français. Le plan de 1,5 milliard d’euros lancé en 2018 après les assises de France IA, à la fin du mandat de François Hollande, avait conduit à la création de nombreux centres de recherche et startups en IA. Le modèle Bloom, notamment, a longtemps été le seul rival de GPT-3. Cependant, les règles du jeu ont changé depuis. Développer un rival de GPT-4 coûterait, à lui seul, près d’un milliard d’euros (lire Qant du 10 mars).

Finalement, seul Analytics India a repris le message sur la « tradition en matière de recherche en mathématiques, informatique et statistiques » de l’Hexagone et son vibrant écosystème. Il faudra s’en consoler.

Sources:

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_118b1e422ec14816825f76722f2921a7