Le 17 mai, il s’est vendu 700 Bitcoin Frogs, pour quelque 2 millions de dollars. Cette collection de 10 000 NFT créés sous le protocole Ordinals de bitcoin a ainsi battu, éphémèrement, les singes de Bored Apes Yacht Club, pionniers et stars de NFT sur Ethereum. Si l’on prend les 7 derniers jour, c’est une autre collection d’Ordinals, Space Pepe, qui l’emporte. Au total, Ethereum continue de dominer largement le marché, avec des transactions de presque 400 millions de dollars ces 30 derniers jours, contre 171 millions sur Bitcoin, d’après Cryptoslam. Mais la chute d’OpenSea montre combien ce marché essentiellement spéculatif peut être volatil.
Outre l’amusant succès de Pepe la grenouille, et plus généralement le succès des “memecoins” et autres plaisanteries, comme les dogecoins soutenus par Elon Musk, on assiste surtout ici à l’entrée en scène d’un nouvel acteur dans le monde des NFT, longtemps réservé à Ethereum, ainsi qu’à une modification potentiellement importante de la chaîne Bitcoin.
Techniquement, la norme BRC-20 est similaire à la plus connue ERC-20 d’Ethereum, mais elle fonctionne sur la Binance Smart Chain (BSC). Elle a été conçue à l’aide d’un nouveau protocole sur Bitcoin, Ordinals, présenté en janvier par Casey Rodarmor, et lancée en mars dernier par un développeur anonyme, Domo. Depuis, elle a rapidement gagné en popularité grâce à divers projets de finance décentralisée (DeFi).
Les jetons BRC-20 permettent aux utilisateurs de stocker un fichier script en associant des jetons à des satoshis spécifiques (chaque bitcoin est divisible en 100 millions de satoshis). Les utilisateurs peuvent ainsi certifier n’importe quel fichier sur la blockchain Bitcoin. Parmi les utilisations des tokens BRC-20, on trouve les transferts de pair à pair et donc la finance décentralisée (DeFi), qui intègre BRC-20 à ses protocoles. Les jetons ne demandent qu’un portefeuille de bitcoin pour être échangeables et ne portent pas de smart contract au sens d’Ethereum.
Si les jetons BRC-20 sont utilisés pour émettre des actifs non enregistrés, c’est illégal et la communauté s’y opposera pour des raisons éthiques —(Michael Saylor, Microstrategy)
Malgré leur statut expérimental, quelque 15 000 jetons différents ont déjà été créés. Leur capitalisation totale atteindrait aujourd’hui près de 1 milliard de dollars. Et les controverses vont de pair. Outre la légalité des actifs ainsi créés, souvent contestée, on peut citer l’encombrement du réseau. Les BRC-20 sont plus grands en taille que les transactions Bitcoin traditionnelles. Ils peuvent atteindre les 4 Mo. Tout comme sur Ethereum avant la migration vers la preuve d’enjeu, cela conduit à une augmentation des frais.
On peut donc aussi voir dans cette évolution un avantage, en particulier pour les mineurs de Bitcoin. L’augmentation des frais de transaction attribuée aux BRC-20 et aux ordinaux pourra compenser la baisse de rentabilité du minage, programmée au fur et à mesure que le nombre de bitcoins en circulation augmente. Par ailleurs, l’inscription des ordinaux directement sur la blockchain, bien qu’elle augmente la taille des transactions, pourrait renforcer l’immuabilité et l’intégrité des actifs.
Maurice de Rambuteau
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