En 2017, la même année où se tenaient les assises France IA, la Chine a publié un plan sur l’intelligence artificielle, qui avait pour but d’en faire « le centre mondial des technologies et de l’économie basée sur l’IA », en escomptant des retombées sur tous les secteurs économiques, mais aussi la « gouvernance sociale » et la défense. L’IA générative est venue rebattre la donne.
La stratégie chinoise en matière d’IA a été lancée par le treizième plan quinquennal (2016-2020) et se base sur des centres d’excellence répartis dans une quinzaine de sociétés : Alibaba, Baidu, Tencent et Xiaomi bien sûr, mais aussi Huawei ou, côté défense, iFlytek ou Sensetime. Chacun s’est vu assigner une spécialité. Les déclinaisons militaires et de sécurité ont reçu une attention particulière, particulièrement la reconnaissance faciale, la vision et l’écoute par IA, et les logiciels pour les drones.
Selon un rapport du National Institute of Standards and Technology (NIST), rattaché au département du Commerce américain, les cinq entreprises produisant la technologie de reconnaissance faciale la plus précise sont toutes chinoises. L’attrait de la Chine pour l’IA s’explique en partie par le caractère autoritaire du régime de Pékin, comme l’explique David Yang, professeur d’économie à Harvard. Un gouvernement souhaitant pouvoir prédire les déplacements ou le comportement de ses citoyens sera toujours intéressé par les possibilités offertes par l’IA, considère-t-il.
Pourtant, lorsque la déferlante ChatGPT et l’IA générative en générale ont brutalement modifié le paysage technologique, la Chine a été tout autant surprise que les autres pays du monde. Les cadors se sont empressés d’annoncer leur propre chatbot pour concurrencer celui d’OpenAI, à l’image de Baidu (voir Qant du 1er février) et d’Alibaba (voir Qant du 10 février). Le gouvernement de Xi Jinping a lui aussi réagi à la hâte, en régulant l’utilisation de ChatGPT par ses entreprises (voir Qant du 27 février). Une réaction qui n’a pas eu le succès escompté, et a même plutôt déçu, à l’image des débuts balbutiants d’Ernie, le chatbot de Baidu (voir Qant du 21 mars et du 28 mars).
Le retard accusé par la Chine vis-à-vis de son rival américain en ce qui concerne les grands modèles de langage est estimé à deux ou trois ans. Les facteurs en sont multiples : manque de données, manque de matériel, et manque d’expertise. Les données que les autorités chinoises collectent en masse devraient pouvoir donner à la Chine une avance en matière d’IA, mais les règles chinoises sur la liberté d’expression peuvent entraver le développement des modèles, d’autant que la masse des fonds documentaires disponibles est en anglais. La bataille, cependant, est loin d’être perdue. La quantité de travaux de recherche publiés sur le sujet est nettement plus élevé en Chine qu’aux Etats-Unis, relève par exemple The Economist cette semaine.
M. de R. (avec J.R.)
Pour en savoir plus :
- Just how good can China get at generative AI?, The Economist
- Why China has edge on AI, Chrsity DeSmith, The Harvard Gazette.
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_308bf99d423a4bd4b0539b23a9163e44