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Climat : pour investir heureux, vivons cachés

Près d’une entreprise sur deux recourt à l’IA dans le cadre de ses investissements climat, qui deviennent de plus en plus rentables. Mais le reporting, lui, recule à grands pas.

La cinquième édition du Climate Survey de BCG met en lumière un paradoxe : les entreprises réduisent leurs efforts de mesure tout en accélérant leurs investissements climat. L’enquête, menée avec CO2 AI, une plateforme spécialisée dans la mesure, l’analyse et la réduction des émissions de carbone à grande échelle grâce à l’intelligence artificielle, a interrogé 1 924 cadres dirigeants dans 26 pays et 16 secteurs, représentant près de 40 % des émissions mondiales.

L’IA, catalyseur climatique

Près d’une sur deux (49 %) déploie déjà des solutions d’IA générative ou prédictive afin d’affiner les prévisions, optimiser les processus et gagner en précision de mesure, et les organisations les plus avancées en font un usage environ 10 points plus fréquent que la moyenne ; combinées à l’IoT et à l’observation satellitaire, ces solutions les rendent 2,3 fois plus susceptibles d’obtenir des résultats « significatifs » sur leurs objectifs climat. Ces gains se matérialisent par une comptabilité carbone plus fiable, une modélisation des risques plus fine et des économies d’exploitation.

Au-delà de l’IA (prédictive, générative, agents), les entreprises mettent en production un bouquet technologique : objets connectés pour équiper sites et flottes de capteurs, observation de la Terre pour cartographier les aléas et les chaînes d’approvisionnement, drones pour l’inspection des actifs, réalité augmentée ou virtuelle pour la maintenance et la formation à distance, et calcul intensif (HPC) pour simuler des trajectoires et stress-tester des portefeuilles.

Écolorentable

Une large majorité des entreprises (82 %) déclare déjà des gains liés aux actions climatiques. Pour 6 %, ces bénéfices dépassent 10 % du chiffre d’affaires, soit un excédent net médian d’environ 221 millions de dollars par entreprise, porté surtout par la croissance des ventes « durables » et les économies d’exploitation.

Chez les entreprises qui mesurent l’ensemble des risques (physiques et de transition), l’exposition financière moyenne projetée à 2030 atteint 790 millions de dollars : 411 millions de dollars pour les aléas physiques et 383 millions de dollars pour la transition. Près d’une sur deux vise un rendement supérieur à 10 % pour ses projets d’adaptation ; la valeur médiane captée frôle 1 % du chiffre d’affaires.

Un tiers des entreprises (33 %) a instauré un prix interne du carbone, levier clé pour quantifier les impacts financiers des plans d’action. L’adoption des plans de transition climatique progresse également : +5 points en un an, signe d’une gouvernance plus structurée des trajectoires de réduction et d’adaptation.

Discrétion louable

Pourtant, en 2025, seules 7 % des entreprises publient un bilan complet de leurs émissions sur les périmètres 1–2–3 ; 13 % fixent des objectifs couvrant ces périmètres et 12 % évaluent simultanément les risques physiques et de transition. Malgré cet essoufflement de la mesure, sept entreprises sur dix entendent maintenir ou accroître leurs dépenses climat. Elles anticipent une progression moyenne de 16 % sur cinq ans, soit environ 69 M$ par entreprise ; l’Europe prévoit l’élan le plus marqué, à +19 %. « La transition est désormais intégrée aux priorités d’investissement », souligne Hamid Maher (BCG).

Les entreprises du Japon, du Royaume-Uni et de Chine apparaissent les plus avancées en matière de reporting, d’objectifs et d’évaluation des risques, tandis que la France reste en retrait sur le reporting complet (6 %). Ce contraste illustre l’effet d’entraînement des cadres réglementaires et des marchés nationaux.

Distribution inégale

Ce contraste se constate également au sein des entreprises, où un noyau de 7 % d’acteurs engrange déjà des bénéfices significatifs (supérieur ou égal 10 % du CA) via l’atténuation ou l’adaptation, et 3 % réussissent sur les deux fronts.

Le rapport insiste enfin sur le manque à gagner que l’on évite et la valeur créée comme principaux déclencheurs de décision : l’économie (bénéfices, coûts évités, risques financiers) devient la boussole de l’action, davantage que la seule réputation. C’est donc cette bascule qui explique la hausse prévue des dépenses malgré un reporting qui stagne.

F.D.


Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_eb2a4ff3a1234e88b545d7bde6aaf7f6