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« Pour préserver l’avenir, un agent d’IA doit être flexible et permettre de passer d’un modèle à l’autre »

Sylvie Ouziel, précédemment CEO Shared Platforms chez Publicis, est la présidente et fondatrice de Blue Bridge Group AI.

« Pour préserver l’avenir, un agent d’IA doit être flexible et permettre de passer d’un modèle à l’autre »

**Qant. Satya Nadella soutient que les agents vont remplacer les applications. Est-ce votre vision des agents d’IA ? **

Sylvie Ouziel. Disons que c’est une vision à moyen et peut-être long terme. Il y aura toujours besoin de systems of record, de systèmes dans lesquels l’entreprise enregistre les transactions financières, les commandes, les factures. Dans la réalité, Microsoft propose des systèmes ERP et CRM, et dire que cette offre est désormais agentique permet peut-être de la rendre plus attractive. 

Si on prend l’exemple de Microsoft Copilot, les entreprises ne s’en sont pas saisies avec enthousiasme. Les questions qui se sont posées sur le cadre juridique, le sort des données, la propriété intellectuelle, et ainsi de suite, sont plus ou moins résolues désormais. De même pour les doutes sur la fiabilité des outils, les hallucinations, que l’on a appris à cadrer. Mais le vrai problème est qu’il n’y a aujourd’hui aucun appétit pour rajouter une nouvelle couche de Saas sur les dizaines, parfois les centaines qu’on peut trouver dans l’entreprise.

Il faut que l’IA soit intégrée dans les workflows des collaborateurs. Et c’est ce qui fait le succès des agents.

**Qant. Comment définissez-vous un agent d’IA ? **

Sylvie Ouziel. Un assistant est un robot qui va augmenter ce que fait un humain dans un système : il va le seconder dans la prise d’une décision ou dans la réalisation d’une tâche complexe. Il ne remplace ni le système ni l’humain, il automatise une tâche en faisant appel à différents types de modèles d’IA ou autres. Ce n’est pas ChatGPT, seul, qui règle le problème, mais un enchaînement de modèles. 

Pour aller jusqu’à déployer un agent, il faut avoir prouvé que l’intervention humaine n’est pas nécessaire sur toute une partie du workflow. Les non-disclosure agreements, par exemple, sont des documents souvent similaires. On peut donc les confier à un agent car il y a très peu de risques. En revanche, sur le reste des documents contractuels, il ne s’agira pas d’agents mais d’assistants d’IA qui vont annoter les contrats, préparer le travail du juriste qui intervient en vérification. 

**Qant. Vous avez donc fait coder des dizaines d’agents et d’assistants. **

Sylvie Ouziel. Oui. Nos agents sur étagère fonctionnent comme des pipelines appelant tel ou tel modèle. Si nous voulons aider les entreprises à adopter des agents et des assistants, il faut le faire avec une approche qui a elle-même adopté l’IA. BlueBridge est donc un intégrateur de systèmes qui a automatisé ses services en utilisant l’IA pour faire de l’intégration de systèmes…

Nous ne proposons pas de grandes équipes pour faire des diagnostics. Nos outils observent ce que font les utilisateurs types dans les systèmes et identifient les technologies qui vont permettre d’augmenter ou de remplacer ce que font les gens. C’est une approche très pragmatique et automatisée, qui permet de mettre en place des agents les uns après les autres sur les systèmes existants. Un même agent peut augmenter ou remplacer des dizaines voire des centaines de collaborateurs et créer beaucoup de valeur… il n’est pas pour autant nécessaire qu’il soit cher, long et complexe à déployer. Pour préserver l’avenir, un agent d’IA doit être flexible et permettre de passer d’un modèle à l’autre. Tout cela a vocation à lever les freins en apportant des agents prédéfinis et modulaires et/ou la capacité à construire de nouveaux agents. 

**Qant. Vos agents d’IA sont codés par vos propres agents d’IA ? **

Sylvie Ouziel. La génération de code peut être partiellement « agentisée ». Le développement, le test, la documentation, l’interprétation de code existant, tout cela s’automatise très bien. Tout comme le fait d’observer les workflows : une grande partie du travail de l’intégrateur est largement automatisable. On s’adapte ainsi à la réalité du système de l’entreprise en évitant, notamment, la phase de documentation de l’existant. 

Qant. Quelle place restera-t-il aux grands intégrateurs ?

Sylvie Ouziel. Il y aura toujours des projets top-down, avec refonte des systèmes et des données, remise en cause de l’organisation. Des problématiques plus complexes ne vont pas manquer d’émerger : data architecture, refontes de systèmes plus fondamentales, informatique embarquée en usine. Reste tout un pan pour des disrupteurs qui assurent une adoption pragmatique et impactante, aujourd’hui.

Propos recueillis par Jean Rognetta et Maurice De Rambuteau.


Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_356ea14e124a40b786260d0a58d1ab0e