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Des drones terrestres pour sortir l’Ukraine de l’impasse

La multiplication des drones aériens en Ukraine a contribué à transformer le conflit en guerre des tranchées. Le pays mise maintenant sur des drones terrestres et, à terme, des robots autonomes. Les champs de bataille du XXIème siècle se dessinent ainsi sur le Dnipro.

Des drones terrestres pour sortir l’Ukraine de l’impasse

En 1915, alors que la guerre des tranchées s’était durablement installée, l’armée française a expérimenté avec les premiers drones de combat terrestres de l’histoire : le Crocodile Schneider et la torpille électrique Gabet et Audriot (ci-dessus). Dans une situation très similaire, l’armée ukrainienne se tourne vers les drones terrestres. 

Ceux-ci n’ont pas connu, jusqu’à présent, la diffusion massive de leurs collègues aériens et maritimes. Les obstacles, bien plus nombreux sur terre que dans l’air ou sous l’eau, rendent en effet plus difficile de télécommander un véhicule au sol. United24, une agence du gouvernement ukrainien qui recueille des fonds à l’étranger pour les investir dans la défense du pays, vient cependant d’annoncer que 14 projets de drones terrestres entrent désormais en production.

Télécommande

Ils sont issus de l’incubateur Brave1 Cluster, comme par exemple le D-21-11, présenté en janvier dernier. Cette plateforme polyvalente peut être équipée d’une mitrailleuse télécommandée pour des opérations de reconnaissance, défensives et offensives. L’ukrainienne Roboneers propose même une tourelle téléopérée, Shablya (sabre).

Les drones de Ratel Robotics, une entreprise créée par des ingénieurs ukrainiens à Tallinn en Estonie, ont commencé à être déployés dès l’automne dernier. Le Ratel M est conçu pour le transport de charges avec une capacité de 250 kg. Il est utilisé pour apporter des fournitures aux positions de première ligne et pour l’évacuation des blessés.  

Le Ratel S, quant à lui, est un drone plus petit qui peut aussi bien poser des mines antichar que se sacrifier en se faisant exploser à proximité (lire Qant du 31 octobre 2023).

Drones lourds

En face, les forces armées russes ont présenté le Marker, un véhicule terrestre sans équipage (UGV) de trois tonnes, mais il n’a jamais encore été déployé. En revanche, l’UGV ukrainien Ironclad, également fabriqué par Roboneers et équipé de la tourelle Shablya, est monté au feu au mois de janvier. Le ministère de la Défense de Kiev a partagé une vidéo sur son engagement, commentée ici par Defence News :

Production de masse

Selon le gouvernement ukrainien, 90 % des drones employés au combat sont fabriqués en Ukraine, bien que les composants nécessaires à leur assemblage proviennent de sources internationales. D’après le ministre de la Transformation numérique, Mykhailo Fedorov, son pays est déjà en mesure de produire plus d’un million de drones en 2024, mais sa capacité de production peut être doublée avec des fonds supplémentaires. 

Plus de 200 entreprises ukrainiennes opèrent dans le secteur des drones. Les plus connus sont les Sea Baby, utilisés pour attaquer les navires de guerre russes en mer Noire. Ils ont permis de bloquer la puissante flotte adverse et ainsi permis la reprise des exportations de céréales à partir d’Odessa.

De Verdun à Avdiivka

De même, les drones aériens ont largement cloué au sol les tanks des deux adversaires, empêchant toute guerre de mouvement. Les combats pour les villages ukrainiens, notamment sur le front oriental, évoquent ainsi les boucheries humaines de la Première guerre mondiale. Les succès russes, comme la chute d’Avdiivka le mois dernier, ont été obtenus par le sacrifice de vagues successives de fantassins. Une “stratégie” que n’auraient pas désavouée Paul von Hindenburg et Philippe Pétain.

En maintenant les troupes ukrainiennes hors de portée directe du feu ennemi, les drones terrestres pourront sans doute aider l’Ukraine à compenser son infériorité démographique face à la Russie. Mais pour les produire en nombre suffisant, le soutien américain et européen restera crucial. Les déboires actuels de l’Ukraine au front peuvent s’expliquer, pour l’essentiel, par le fait que les républicains américains ont réussi à bloquer l’aide depuis des mois.

Percée technologique

En revanche, de réels robots autonomes de combat pourraient représenter une véritable percée, aussi bien technologique que tactique. L’excellence technologique des Ukrainiens, reconnue avant guerre, peut ici trouver à s’exprimer. Brave1 vient ainsi de présenter un prototype de robot autonome terrestre, Lurie (vidéo en début de lettre et Qant du 15 février). 

Les premiers tanks, comme le Renault FT, sont montés au feu en 1917. Trop peu nombreux pour emporter la décision, ils ont néanmoins montré le combat de l’avenir à ceux qui ont su le voir, comme un certain De Gaulle – et, côté allemand, un certain Guderian.

Pour en savoir plus :

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_ae052461e24842f0beebee5d3f0569f5