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Le 30 novembre 2022, OpenAI présentait ChatGPT. Trois ans après le raz-de-marée, l’euphorie se maintient, vacillante. Mais la véritable avancée n’était pas le chatbot lui-même, mais ce qui se passait derrière lui, et qui continue de bouillonner.

Pour ce troisième anniversaire, les illustrations de Qant s’inspire d’un courant esthétique numérique, la Vaporwave

Le 30 novembre 2022, OpenAI présentait ChatGPT. Trois ans après le raz-de-marée, l’euphorie se maintient, vacillante…
  • LE FAIT ANCIEN : l’incroyable interface • Le « Big Bang » du 30 novembre 2022 n’était pas technologique, mais ergonomique. OpenAI a simplement greffé une interface de chat grand public (affinée par RLHF) sur un moteur existant (GPT-3.5). Ce coup de génie inattendu a permis d’atteindre 100 millions d’utilisateurs mensuels en deux mois (800 millions hebdomadaires aujourd’hui). Mais techniquement, ce n’était « que » de la prédiction de mot suivant, avec un vernis conversationnel.
  • LA PREUVE PAR GPT-4 : la chasse aux hallucinations • En mars 2023, GPT-4 marque le début de la multimodalité, mais aussi de la fiabilisation. Là où GPT-3.5 inventait des sources dans 40 % des cas, GPT-4 réduit ce taux d’erreur à environ 13 % (et proche de 0 % sur certaines tâches cliniques très spécifiques et bornées). La réduction massive des réponses « toxiques » (-82 %) valide la montée en gamme.
  • LES FAITS NOUVEAUX : le « Test-Time-Compute » et les comportements émergents • La course à l’échelle des LLM se heurte depuis 2024 à des rendements déclinants, mais les modèles introduisent désormais un temps de latence et « achètent » du temps de calcul au moment de la requête (lire le dossier ci-dessous). Cela leur permet de simuler plusieurs chaînes de pensée, vérifier leurs hypothèses et choisir la meilleure réponse. Le taux d’hallucinations chute encore, mais des « comportements émergents » apparaissent : le modèle peut mentir, sciemment, pour convaincre l’utilisateur de la validité de son inférence, ou pour d’autres raisons. Il peut tenter de faire chanter des chercheurs pour éviter d’être déconnecté, par exemple.
  • LE FAIT À VENIR : une nouvelle interface et des superintelligences partout • L’AGI (IA générale), capable de tout faire comme un humain, reste un horizon flou et mouvant, mais la GAI (IA générative) est loin d’avoir épuisé son potentiel. Elle construit, progressivement, une nouvelle interface de l’homme à la machine, en langage naturel, par l’écrit, la parole, le geste, et une nouvelle architecture informatique. Et la « superintelligence » (dépasser l’humain) est acquise depuis plusieurs années : AlphaGo ou AlphaFold écrasent nos capacités cognitives, dans les jeux et dans les sciences. D’autres super-IA vont continuer d’apparaître, dans les mathématiques comme la météo (lire ci-dessous), dans la recherche scientifique… Le prochain seuil se dessineM : un modèle d’IA capable d’en coder d’autres, une superintelligence autoréplicante.

  • EN FILIGRANE : bulle et réalité • Derrière la course aux Transformers, deux transformations de taille ont déjà eu lieu : la recherche générative s’impose sur l’ancien modèle de Google et le vibecoding, la programmation assistée par IA, se répand comme un feu de paille. Le tour des médias sociaux devrait venir bientôt. Hors du numérique, toutefois, le doute s’installe. La semaine dernière, le *Business Trends and Outlook Survey *(BTOS), mené par le Census Bureau américain, notait que l’utilisation de l’IA recule, dans les entreprises états-uniennes de plus de 250 salariés.

  • À SURVEILLER : les trois horizons • Pour y voir clair, il faut distinguer trois temps. À court terme, un redimensionnement des investissement est inévitable et le risque d’éclatement de la bulle d’infrastructure est réel, si les usages ne suivent pas. À moyen terme, l’IA générative l’architecture Transformer finira bien par plafonner, mais il lui reste du chemin à parcourir : la multimodalité commence à peine à déployer ses effets dans l’écriture vidéo et, si l’on réussit à imposer aux modèles le respect des faits, leur avenir dans l’économie – sinon la politique – se rouvrira. Et à long terme, le deep learning n’en est qu’à ses débuts. Qu’il s’agisse de world models ou d’IA embarquée dans des robots, la prochaine génération de réseaux neuronaux pourrait bien redémarrer le cycle.

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_9a4522e1079d4c4eba219372404b83a3