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Édito

COP-Tesla, même combat ?

L’approche de la COP30 à l’IA et l’assemblée générale de Tesla révèlent la même ambivalence profonde du numérique et de sa hype.

Les illustrations de ce numéro de Qant rendent hommage à la peintre brésilienne Tarsila do Amaral (1886-1973)

Pour la première fois, la Conférence des Parties (COP) qui s’ouvre demain consacrera une partie de ses travaux à l’impact climatique croissant du numérique. Elle posera un regard ambivalent : l’IA peut apporter quelques solutions aux problèmes du dérèglement climatique, mais elle accélère le développement des centres de données et de leur dévorant appétit pour l’eau et l’électricité. Et, depuis des années, la désinformation sur le climat et la science la frappe de plein fouet.

Étonnamment, la même ambivalence touche Tesla. Ses résultats énergétiques sont réels : les 31 GWh de stockage déployés en 2024 (+70% en glissement annuel) auraient permis, selon l’entreprise, d’éviter l’émission de 32 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES). Une nouvelle usine de cathodes est en construction et sa raffinerie de lithium au Texas, qui peut produire 50 GWh de matériaux de batterie annuellement, est la plus grande hors de Chine. Si son nouveau plan stratégique, adopté la semaine dernière, a été baptisé « Abondance Soutenable », c’est peut-être là plus qu’un souvenir nostalgique.

La maladie de l’hyperbole

La réalité de ce plan, toutefois, se heurte à la maladie de l’hyperbole, proche de la désinformation, qui a sans doute contribué à rapprocher Elon Musk de Donald Trump. Le repositionnement du constructeur automobile vers la robotique et l’énergie est un pivot digne d’une start-up, clair depuis cet été. Il a été éclipsé par la promesse de l’attribution gratuite de 12 % du capital à Elon Musk, par tranches conditionnelles. Ces actions vaudraient, aujourd’hui, moins de 200 milliards de dollars. Elle n’en vaudront 878 milliards (et non un billion, encore moins un trillion) que si la valorisation de l’entreprise s’envole, bien au-delà des critères irréalistes qui la sous-tendent aujourd’hui.

Alors que les fondamentaux s’affaiblissaient, le ratio prix/bénéfices a dépassé 225, contre une moyenne sur douze mois de 176,2. Que l’on soit investisseur, analyste ou journaliste, le style de communication de Tesla rend impossible de comprendre où en est réellement l’entreprise, par rapport à des concurrents moins bruyants mais plus factuels : BYD, Waymo, XPeng, Figure… La foi (en Musk) prête son supplément à la raison éblouie.

Cette affection semble universelle. Malgré la correction sur les valeurs tech et IA, les rares sociétés quantiques cotées à New York ont augmenté d’environ 1 900 % en un an. OpenAI achète à prix d’or son indépendance de Microsoft, apparemment sans tenir compte des risques financiers et technologiques que cela implique. Meta laisse filer des publicités abusives, mais rentables. Entre la Silicon Valley et la forêt amazonienne, l’ère de l’intelligence artificielle découvre son paradoxe : plus elle s’affine, plus elle brûle.

Jean Rognetta**… **

…sera ravi de recueillir vos commentaires.

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_1796e75baf30409780555d2c5ee38dd0