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L’annonce de GPT-5 n’aura pas le retentissement de celle de GPT-4, il y a deux ans. Mais elle montre comment, face à la maturité de l’IA générative, OpenAI se construit un “fossé”.

• « GPT-5 a été capable d’identifier nos choix d’architecture et comprendre pourquoi nous les avions faits » s’étonnait hier Michael Truell, fondateur de Cursor : « Notre équipe a trouvé que GPT-5 était remarquablement intelligent, facile à piloter et qu’il avait même une personnalité que nous n’avons vue dans aucun autre modèle. Il détecte non seulement les bogues complexes et profondément cachés, mais il peut également exécuter des agents d’arrière-plan longs et à plusieurs tours pour mener à bien des tâches complexes, le genre de problèmes qui bloquaient auparavant les autres modèles »

L’annonce de GPT-5 n’aura pas le retentissement de celle de GPT-4, il y a deux ans. Mais elle montre comment, face à la…

Olivier Gaudement, directeur de la plateforme d’OpenAI, lors de la présentation de GPT-5 (disponible en suivant le lien).

  • Un expert dans la poche. Le but annoncé de la série de modèles GPT-5 est de permettre à chacun d’interroger à tout moment un expert de haut niveau : en droit, en finance, en santé, en programmation… Disponible, à des degrés divers, jusque dans la formule gratuite, GPT-5 préfigure une nouvelle interface d’accès à la connaissance et au divertissement, où l’utilisateur demande à la machine de se coder elle-même. Le nouveau monde numérique, qui succède à celui dominé par Apple, AWS et ARM, commence à se dessiner.

*Des apps à l’IA : un nouveau monde numérique *

  • « Ideal pair programmer » : dans l’immédiat, GPT-5 est présenté comme la paire idéale pour chaque codeur – une méthode de programmation qui revient à la mode grâce à l’IA, où un programmeur (aujourd’hui l’IA) écrit le code et l’autre commente, corrige et vérifie. Comme Claude d’Anthropic, GPT-5 dispose en outre d’un agent capable de travailler sur de longues durées et d’appeler plusieurs outils pour exécuter la tâche que lui confie l’utilisateur. Le grand public – et les journalistes – ont été appelés à faire coder un petit programme ludo-éducatif (non pas un serpent, mais une souris) mais l’interface semble aussi prête à générer des graphiques interactifs de visualisation de données, avec une utilisation de Python minimisée par l’utilisateur. Pour faire bon poids, OpenAI a tenté de faire oublier l’échec des négociations avec Windsurf en faisant monter sur scène Michael Truell, fondateur de l’environnement de développement rival, Cursor.
  • Montée en puissance indirecte. Abandonnant vraisemblablement la course à la taille, GPT‑5 se base une architecture multi‑modèles avec une IA spécifique pour router la demande de l’utilisateur, sur un corpus d’entraînement gardé secret – sans doute à cause des problèmes de copyright d’OpenAI – mais présenté comme rigoureusement filtré. Surtout, OpenAI renforce la sécurité, réduit les hallucinations, améliore le raisonnement et, plus généralement, optimise ses modèles pour les trois principaux cas d’usage : l’écriture, les conseils de santé, le code.
  • Architecture unifiée. La carte‑système décrit un modèle rapide (gpt‑5‑main), un modèle de raisonnement profond (gpt‑5‑thinking), des modèles sans doute distillés (mini et nano) et un routeur temps réel qui dirige dynamiquement la requête vers le bon composant. Cette conception parallélise le calcul : le modèle « rapide » sert la majorité des requêtes tandis que le modèle « pensant » ne s’active que sur les tâches complexes ou sur demande explicite (“think hard”). L’IA-routeur est formée en continu sur les retours utilisateurs.
  • Paramètres flous. OpenAI ne divulgue aucun compte exact de paramètres pour GPT‑5. Les besoins matériels se reflètent surtout dans le partenariat prolongé avec Microsoft Azure : la formation mobilise des grappes de H100 et GB200 de Nvidia, ainsi que des pipelines de données multitéraoctets, signalant une échelle nettement supérieure à GPT‑4o.
  • Données sous contrôle. Les modèles s’appuient sur un corpus massif mais filtré de données publiques, partenariales et soumises par les utilisateurs ; un double contrôle par la modération OpenAI et des classifieurs de sécurité écarte les informations personnelles et les contenus nuisibles. Il s’agit là d’une tendance générale : Grok, par exemple, s’est engagé dans une refonte de son corpus pour en éliminer toutes les références “woke” récupérées sur Internet, qui le conduise à donner des réponses contraires à la ligne qu’Elon Musk veut donner à X.
  • Sécurité proactive. Une méthode de sécurité baptisée « safe‑completions » traite les requêtes sensibles dans le cadre de la politique de contenu et produit des réponses utiles plutôt qu’un refus automatique.
  • Moins d’erreurs. La version gpt‑5‑main affiche 26 % d’erreurs factuelles en moins que GPT‑4o et 44 % de réponses contenant une erreur majeure en moins ; gpt‑5‑thinking réduit de 65 % les hallucinations et de 78 % les erreurs majeures par rapport à OpenAI o3.
  • Raisonnement turbo. Des chaînes de raisonnement internes plus longues, un entraînement contre la “sycophancie” et une anticipation des besoins améliorent l’objectivité, la fiabilité et la rapidité des réponses.

Quand le code code le code qui code le code qui code le code…

  • Prix agressivement bas. OpenAI propose GPT-5 un peu moins cher que GPT-4o (1,25 dollar par million de tokens en input, et les mêmes 10$ en output), et donc considérablement moins cher que les autres grands modèles du marché (Claude Opus 4.1, le plus utilisé dans la génération de code, coûte 15 dollars en entrée et 75$ en sortie).
  • Open source et open weights. Par ailleurs, OpenAI vient de publier GPT‑OSS‑120B (116,8  milliards de paramètres, dont 5,1 Md actifs) et 20B (20,9 Md, 3,6 Md), deux transformeurs autorégressifs MoE (mélange d’experts) de 36 / 24 couches avec 128 / 32 experts. Le but, à peine déguisé, est d’occuper le terrain : sinon contrer le futur DeepSeek R2, la deuxième génération du puissant modèle chinois , du moins ne pas abandonner aux non-Américains le terrain des modèles ouverts, après l’échec de Llama 4 de Meta.
  • À SURVEILLER : Pas d’AGI, mais un routeur auto‑apprenant… Et une nouvelle valorisation. L’intelligence artificielle générale (AGI) n’a pas été citée dans la présentation de GPT-5 : ces nouveaux éléments de langage montrent qu’OpenAI, confrontée au point culminant des effets d’échelle, se concentre sur son emprise sur le marché de l’IA grand public, contre Google, et dans une moindre mesure professionnelle (ce qui génère de fortes tensions avec Microsoft). Le routeur auto-apprenant devra se révéler une innovation suffisamment convaincante pour permettre à Sam Altman de mener à bon port une cession secondaire d’actions à Thrive Capital, sur la base d’une nouvelle valeur d’entreprise de 500 milliards de dollars, ce qui en fera la première entreprise non cotée au monde.

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_c6eeb492591f4756969e83a8b7090303