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Édito

La “libération” peut attendre

Donald Trump recule face à la crise financière en gestation, mais maintient ce qui de fait est un quasi-embargo réciproque avec la Chine. Il pèsera lourd sur la tech américaine, d’autant que le conflit commercial menace de s’étendre à Taïwan, usine des puces du monde.

Washington contre Pékin Qant, M. de R. avec GPT-4o

  • PLUS VITE QUE SON OMBRE. Confrontés à un prévisible début de crise financière, les États-Unis ont annoncé cette nuit qu’ils accordaient une nouvelle pause à la mise en place des tarifs douaniers annoncés la semaine dernière. D’avril, la “libération” est donc décalée à juillet – sauf pour la Chine, qui n’a pas plié devant le comportement de Donald Trump.
  • BRAQUAGE. Les Bourses américaine ont immédiatement rebondi, faisant de nouveau planer le doute sur le degré d’information d’une camarilla de spéculateurs proches de la Maison-Blanche. Mais l’incertitude continuera de peser sur l’économie mondiale et la pression sur la dette publique américaine pourrait ne se relâcher que peu, car la Chine en est le plus important détenteur.
  • JOE DALTON. Donald Trump a porté hier soir les tarifs douaniers contre la Chine à 125 %, car ceux sur les produits américains entrant en Chine passeront de 34 % à 84 % à compter d’aujourd’hui. Cette annonce, hier, du Conseil des Affaires d’État chinois répondait à une deuxième salve de droits américains de 104 % sur les importations chinoises, décidée par Donald Trump après que Pékin ait osé réplique à ses premiers tarifs.
  • PÉNITENCIER. Pékin a également annoncé des mesures contre 18 entreprises américaines, dont American Photonics, qui fabrique des composants laser avec des applications militaires.
  • RANTANPLAN. L’Union européenne a décidé pour sa part de mettre en place des rétorsions sur l’acier et l’aluminium américains à partir du 15 avril, en réaction à une hausse tarifaire décrétée par Washington en mars dernier. La réaction à la guerre commerciale, déclenchée le 2 avril et maintenant suspendue jusqu’à l’été, reste à l’étude.
  • AVERELL.Je peux vous dire que cette escalade est une perte pour [la Chine, qui est] le pays qui génère l’excédent” a déclaré dans une interview incendiaire sur Fox News le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, montrant ainsi son incompréhension, réelle ou simulée, des retombées économiques évidentes.
  • LA BATAILLE DU RIZ. Le doublement des prix imposé par les tarifs – à supposer que la spirale s’arrête ici – revient à réduire à néant, ou presque, plus de 550 milliards de dollars d’échanges bilatéraux l’an dernier. La Chine a importé des États-Unis pour 145 milliards de dollars en 2024, en achetant notamment du soja, du pétrole et des médicaments – des produits pour lesquels il est relativement aisé de changer de fournisseur. Elle en a exporté pour 440 milliards de dollars, dans des catégories souvent moins fongibles. Le dos au mur, l’industrie américaine doit donc réinventer des chaînes logistiques alors que les États-Unis sont au plein emploi.
  • LE FIL QUI CHANTE. Les smartphones constituent le poste principal (9 %) des exportations chinoises. Apple tente d’absorber le doublement instantané du coût de revient des iPhones, par effet des tarifs douaniers, en transportant en Inde leur fabrication. Mais les deux usines de Tesla à Shanghai, qui peuvent produire 950 000 véhicules par an et 10 000 batteries Megapack – soit 40 GWh de stockage électrique – ne peuvent aisément se déraciner. Amazon, Dell et Intel sont aussi particulièrement à la peine. Et il n’y a pas que la tech…
  • À SURVEILLER : Taïwan. Si le conflit dégénère, la Chine dispose d’un moyen simple de mettre à genoux les États-Unis, et le reste du monde avec eux : un blocus de Taïwan. Même sans envahir l’île, la Chine peut à tout moment empêcher les exportations de semiconducteurs de TSMC et des autres “foundries”, qui produisent environ 90 % des puces dans le monde. Or, de nouvelles manœuvres ont commencé autour de Taïwan le 2 avril dernier, “jour de la libération” trumpienne. Elles préparent publiquement un blocus et des frappes de précision (vidéo ci-dessous). En décembre dernier, les forces armées chinoises ont mobilisé 90 navires de guerre, 134 avions et des milliers de fantassins dans les plus grandes manœuvres de leur histoire, pour rappeler au monde qu’ils ont la capacité de bloquer l’île à tout moment. Mais le détail semble avoir échappé à l’administration Trump. Ou du moins à Scott Bessent.

La Chine encercle Taïwan dans une manœuvre militaire de grande ampleur • Deutsche Welle, 2 avril

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_62d362957fd9430d97f7c704fac1947d