En levant 490 millions d’euros en deux tours l’an dernier, Mistral a pris toute la lumière. Quoique principalement financé par des fonds américains, Andreessen Horowitz et Lightspeed Ventures, le créateur de modèles de fondation open source apparaît aujourd’hui comme le champion français incontesté de l’IA (lire Qant du 11 décembre 2023 et du 5 juin 2023).
De l’IA générative, devrait-on préciser, car le leader parmi les start-up françaises de l’IA reste Dataiku, qui a levé au total 600 millions de dollars (plus de 550 millions d’euros) dont 200 millions de dollars en décembre 2022. Cette série F a été menée par Wellington Management, sur une valorisation de l’entreprise de 3,7 milliards de dollars (3,4 Md€, contre 2 Md€ pour Mistral au dernier tour). La plateforme française d’IA et d’analyse de données, désormais basée à New-York, offre des outils pour créer, tester et déployer des applications d’IA et d’analyse des données. Elle sert plus de 500 entreprises, dont 150 grandes entreprises mondiales, dans des domaines tels que la maintenance prédictive, l’optimisation de la chaîne d’approvisionnement et le contrôle qualité.
Ce segment, qui s’étend du machine learning au big data via la computer vision, est extrêmement vaste. À Bercy, la direction générale des entreprises y dénombrait 590 start-up en 2022, qui avaient levé 3,2 milliards d’euros. Il a continué à recevoir des financements importants tout au long de 2023 : 90 millions d’euros chacun pour SiPearl et Chapsvision, 83 millions pour Braincube… On peut encore citer XXII, qui a levé 22 millions d’euros en série en mars, ou plus récemment Lili.ai, qui propose un assistant IA spécialisé dans la gestion de projet industriel, qui a levé un total de 7,5 millions d’euros, le dernier tour en date ayant été d’1,4 million d’euros en septembre 2023.
Le sous-financement de la GenAI française
Alors que dans le monde les start-up d’’IA générative recevaient presque 15 milliards de dollars d’investissement d’après CB Insights, la France est en revanche restée à la portion congrue. Hormis Mistral AI, quatre start-up d’IA générative ont reçu un financement dans l’Hexagone : Dust (5 M€), Poolside (126 M€), Pimento (3 M€) et tout récemment Nabla, dont l’assistant IA pour les médecins génère automatiquement des comptes-rendus cliniques.
Début janvier, Nabla a levé 24 millions de dollars (22 M€) dans un tour de série B mené par Cathay Innovation et avec la participation de Zebox Ventures, l’incubateur de CMA-CGM. Une levée de fonds qui permet à la start-up parisienne d’atteindre une valorisation de 180 millions de dollars (165 M€). Ce financement fait suite à un partenariat avec Permanente Medical Group, qui a permis de valider le modèle en finançant un premier tour.
En décembre dernier, Pimento a réuni 3 millions d’euros dans un tour de table mené par Partech (lire Qant du 11 décembre 2023). Elle développe un outil basé sur l’IA générative, pour transformer des briefs créatifs en planches d’ambiance visuelles. Destiné aux équipes créatives pour des projets tels que le redesign de marque ou des campagnes publicitaires, Pimento utilise des modèles de langue et d’image pour faciliter l’inspiration et l’itération des idées.
Si elle n’a pas été créée en France, Poolside a de son côté bénéficié en août dernier d’une levée de fonds de 100 millions de dollars dirigée notamment par Xavier Niel, avec la participation de Rodolphe Saadé et de BPIfrance. Une somme qui s’ajoute à un tour d’amorçage de 26 millions de dollars pour la start-up qui ambitionne de développer un modèle de fondation pour le code.
La palme de la pionnière toutefois revient à Dust, qui a levé dès juin 2023 un premier tour de 5 millions d’euros. Pour ce petit montant, elle a réuni une multitude de VCs internationaux, dont Sequoia Capital. Co-fondée par Gabriel Hubert et Stanislas Polu, un ancien d’OpenAI, Dust vise à faciliter l’accès aux connaissances en développant des assistants d’IA personnalisés pour les entreprises.
Le même mois, la start-up Giskard créée par des anciens de Dataiku et Thales, est parvenue à obtenir un financement total de 4,5 millions d’euros, dont 3 millions d’euros de la part de BPIfrance et de la Commission européenne, pour développer un outil qui teste les modèles d’IA. Elle en détecte les vulnérabilités, mais aussi les biais.
Tout comme les trois mousquetaires étaient en fait quatre, cette sixième start-up mérite de compter au nombre des cinq pionniers de l’IA générative en France.
Pour en savoir plus :
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_c1b477fa73bd4f75b35845db2e7cf758