Le diable de l’IA est sorti de sa boîte. ChatGPT a atteint les 100 millions d’utilisateurs par semaine plus vite qu’aucune autre technologie de l’histoire du numérique. L’IA générative, puis l’IA tout court, a ainsi offert aux investisseurs un débouché pour des fonds qui ne trouvaient plus à s’investir depuis l’échec du métavers et la crise des techs en général. Sur les 16 licornes créées dans le monde de janvier à septembre 2023, 11 provenaient de l’IA générative. CB Insights a recensé, pendant ces trois trimestres, 17,4 milliards de dollars d’investissements, contre 3,2 milliards pour toute l’année 2022.
Les modèles de fondation, qui forment le cœur de l’infrastructure de l’IA générative, se sont aillé la part du lion. Aux 11,6 milliards reçus par des start-up s’ajoutent les sommes considérables investies par les grands groupes, notamment les trois leaders du cloud, Amazon, Google et Microsoft, pour offrir des services d’IA. Les applications n’ont reçu que des financements beaucoup moins importants, à l’exception de Jasper, qui a reçu 125 millions de dollars en octobre 2022 et que le lancement de ChatGPT a mis en porte-à-faux.
2023 se conclut sur trois interrogations très similaires à celles de 2022.
L’appétit du public et des entreprises pour ChatGPT continuera-t-il de gonfler? Le site reçoit entre 1,5 et 2 milliards de visites par mois. Mais si, comme tout l’indique, OpenAI entend défier Google dans son cœur de métier, la recherche sur Internet, elle s’attaquera à un géant dont l’audience est 40 fois plus importante et les moyens, illimités.
Cela va de pair avec la deuxième question : le lancement de Gemini (Palm 2 fin 2022) permettra-t-il à Google de rattraper son retard ? Et avec la troisième : quand OpenAl lancera-t-elle un autre grand modèle ? On retrouve à propos de GPT-5/Q* aujourd’hui la question que l’on se posait sur GPT-4 il y a un an.
La différence, c’est que, de LLama 2 70B de Meta jusqu’à Mixtral 8 7B de Mistral (lire ci-dessus), les LLM open source ont déferlé partout. La perspective d’un monde où quelques éditeurs de grands modèles auraient pu contrôler le développement de l’IA via leurs services dans le cloud s’est définitivement éloignée. Pour le meilleur ou pour le pire, plus personne ne semble désormais à même de freiner le développement de l’IA, si ce n’est pour les modèles les plus avancés.
Toujours plus petits, ces modèles visent à structurer l’Edge AI, les calculs d’IA effectués au moins en partie sur le terminal. Cela prélude à l’intégration de l’IA dans une multitude de produits, rendant des objets quotidiens « intelligents » sans effort de développement logiciel majeur. Pour les entreprises, l’utilisation d’IA de niveau ChatGPT devrait devenir bon marché, rapide et omniprésente.
Des lunettes à la broche
Cela concourt à l’invention d’une nouvelle relation de l’homme à la machine. Bill Gates, notamment, dessine un avenir très convaincant où les interfaces graphiques sur lesquelles on clique seront remplacées par des indications en langage naturel, données par écrit ou à l’oral. Des agents autonomes se chargeront ensuite de l’exécution.
La course au support de ces futures IA est déjà lancée, qu’il s’agisse de la broche de Humane ou des lunettes de Meta (lire Qant du 10 novembre et du 28 septembre). On a déjà vu les premières manifestations du phénomène dans les assistants comme Microsoft Copilot ; l’intégration de l’IA générative à la recherche sur Internet semble toute proche (lire Qant du 14 décembre). Au fur et à mesure que les capacités multimodales des LLM se perfectionnent et se généralisent, les interfaces évolueront avec elles. Cela promet d’être un long chemin, car on ne semble pour l’instant qu’avoir effleuré les capacités des grands modèles.
Enfin, la déferlante de l’IA devrait accélérer le rythme des découvertes scientifiques. Les effets de Gnome et d’Alphafold sur la chimie et la biologie, respectivement, devraient assez vite se faire sentir dans l’industrie et la médecine (lire Qant du 19 décembre et du 1er décembre). On ne peut toutefois que spéculer sur l’effet d’une nouvelle vague d’innovation dans un climat social tendu par l’IA et le réchauffement climatique.
Pour en savoir plus :
- Generative AI Bible, The ultimate guide to genAI disruption, CB Insights, 2023
- An AI haunted world, Ethan Mollick
- Bill Gates, The road ahead reaches a turning point in 2024
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Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_19f3bd332203441694586a89630ea1b9