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Écrire avec l’IA, mais l’assumer

Sports Illustrated, magazine sportif américain historique, est sous le feu des critiques après avoir publié des articles écrits par l’IA. Rien ne lui aura valu de les supprimer. Ces scandales récurrents, toutefois, n’empêchent pas la technologie de se frayer un chemin dans les journaux.

Écrire avec l’IA, mais l’assumer

D’après le média américain Futurism, plusieurs articles sur le site web de Sports Illustrated auraient été produits à l’aide de l’IA, sans mention particulière. Les profils des contributeurs associés à ces articles étaient également générés par IA. Les journalistes de Futurism ont trouvé les photos des « auteurs » sur des sites vendant des images générées par IA.

Le syndicat interne du journal, Sports Illustrated Union, proche d’une  société des journalistes, a violemment protesté, qualifiant ces pratiques de violation des principes fondamentaux du journalisme. Les journalistes ont exigé des réponses et de la transparence de la part de la direction du groupe Arena, propriétaire de Sports Illustrated, concernant les contenus publiés sous le nom du magazine.

En réponse, Arena a déclaré que les articles en question étaient des critiques de produits et du contenu sous licence d’une entreprise tierce, AdVon Commerce. Selon le porte-parole d’Arena, AdVon a assuré que tous les articles étaient rédigés et édités par des humains, bien que l’entreprise ait utilisé des pseudonymes pour certains articles afin de protéger la vie privée des auteurs. Après ces révélations, le groupe Arena a mis fin à son partenariat avec AdVon. 

Fin octobre, la même société avait provoqué les mêmes effets sur le site du quotidien national USA Today. Plusieurs articles publiés sur Reviewed, un site d’évaluation de produits intégrés au site de USA Today, ont été analysés par des programmes de détection d’IA comme n’ayant pas été écrits par des humains (lire Qant du 30 octobre). Ils avaient été produits par AdVon Commerce. Comme Arena, le groupe Gannett, propriétaire de USA Today, a battu en retraite précipitamment.

La querelle des pros et des antis

En janvier dernier, c’est un pionnier des médias numériques, CNet, qui avait vu se déchainer les critiques lorsque l’on avait découvert que plus de 70 articles sur la finance avaient été signés « CNET Money Staff » alors qu’ils avaient été créés grâce à l’IA (lire Qant du 23 janvier). Le projet était de remplacer à terme la rédaction par l’IA générative. CNet a dû faire machine arrière cet été, s’engageant au contraire à ce qu’aucun article ne soit désormais entièrement rédigé par l’IA (lire Qant du 16 octobre).

Cependant, les exemples de médias assumant ouvertement l’IA se multiplient, comme le site néerlandais Voetbal International qui publie des rapports de matchs écrits par l’IA grâce aux données d’Opta. On peut également citer le site suisse Heidi.news, ou encore en France Numerama, filiale du groupe Ebra, qui a lancé une newsletter entièrement rédigée grâce à l’IA, Artificielles. Heidi a rédigé une charte déontologique sur l’IA, dans laquelle le média explique qu’il « n’entend pas remplacer les journalistes par des machines« , mais que l’IA peut « aider le travail des journalistes pour l’affinage de données brutes au même titre qu’un logiciel comme Excel, et comme appoint pour la rédaction d’articles, à l’instar des dictionnaires de synonymes en ligne ou des correcteurs d’orthographe automatiques« . Le pionnier en la matière restera le néerlandais Innovation Origins, qui a présenté en janvier dernier Laio, une IA rédactrice pourvue d’un avatar et signant de son “nom”. 

Deux approches coexistent donc. L’affaire Sports Illustrated confirme la tentation permanente de laisser l’IA générer seule du contenu à faible valeur ajoutée. Elle continuera sans doute de se renforcer au fur et à mesure que les modèles se perfectionnent, malgré les réactions des journalistes, d’autant que l’on n’a pas obseervé, jusqu’à présent, de réactions particulières du lectorat. C’est l’approche la plus ancienne, basée à l’origine sur des arbres de décision, qui permet de générer des articles sur les résultats électoraux, les matches sportifs et les cours de bourse. Dès 2019, le New York Times faisait remarquer que presque un tiers des articles de Bloomberg étaient générés par l’IA. Les licenciements annoncés par le groupe Springer au quotidien berlinois Bild Zeitung relèvent de la même logique (lire Qant du 6 mars et du 30 juin).

Construire l’avenir

D’autres, surtout des start-up, considèrent l’IA comme un outil pour les journalistes, qui restent seuls responsables des articles présentés sous leur signature. C’est l’approche de Heidi, Innovation Origins et Qant, qui se veut un laboratoire de bonnes pratiques en la matière. Elle semble destinée à se généraliser: plusieurs systèmes de gestion de contenu (CMS) ont annoncé inclure l’intelligence artificielle dans leur fonctionnement (lire Qant du 16 octobre). C’est notamment le cas de Brightstop, dont le CMS a intégré les modèles d’OpenAI pour la suggestion assistée de titres, sous-titres et même corps de texte. Brightstop compte notamment parmi ses clients L’Opinion, Politico et le *National Geographic. *

En septembre dernier, une étude de la London School of Economics (LSE) réalisée auprès d’une centaine de médias dans près de 50 pays montrait un intérêt concret venant de la profession. 85% des journalistes sondés admettent notamment s’être servis au moins une fois de l’IA pour rédiger des titres, voire des brèves. Et les trois quarts déclarent aux enquêteurs de la LSE qu’ils voient dans l’IA des opportunités nouvelles pour le journalisme. Reste à les construire. 

Pour en savoir plus :

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_dcf6158814a64333997d470443a01e17