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En Argentine, une élection made in IA

Après les élections slovaques en octobre, fortement marquées sinon décidées par un deepfake audio, la campagne présidentielle argentine a été fortement marquée par les illustrations d’IA et quelques deepfakes vidéo. Un usage sans doute moins pernicieux, mais qui donnera le la aux grandes élections de l’an prochain, en Europe, sans doute en Grande-Bretagne et surtout aux États-Unis.

En Argentine, une élection made in IA

Lors de la campagne pour les élections présidentielles argentines, les candidats ont largement utilisé des images générées par intelligence artificielle, une première mondiale. Les deux candidats finalistes, le péroniste Sergio Massa et le libertarien Javier Milei, ont utilisé de manière particulièrement intensive l’intelligence artificielle pour créer des affiches et vidéos de campagne. L’équipe de Sergio Massa a utilisé l’IA pour représenter Javier Milei dans des films comme Orange mécanique et Las Vegas Parano. En réponse, Javier Milei a produit des affiches où il se dépeint comme un lion (ci-dessus) et son adversaire en Mao Zedong. “Avec l’intelligence artificielle comme principal outil pour faire des images et même des vidéos, la figure du lion représentant l’économiste libéral était le grand protagoniste de X (ex Twitter)” témoigne le grand quotidien argentin, Clarìn.

En Slovaquie, le mois dernier, les deepfakes audio semblent avoir fait pencher la balance en faveur du populiste prorusse Robert Fico (lire Qant du 12 octobre). En Argentine, faute de moyens peut-être, l’IA semble surtout avoir été utilisée pour créer des affiches, finalement peu dissemblables des campagnes du passé. Le moment le plus délicat a été la création, par la campagne de Sergio Massa, d’un deepfake montrant Javier Milei discutant du marché des organes humains qu’il entend créer en en libéralisant la vente – une position authentique du candidat libertarien, connu pour son extrémisme. 

Sommés de choisir entre deux candidats également populistes et irresponsables, dans une élection sans grand enjeu international, les Argentins n’ont probablement pas eu à faire face à beaucoup d’interférences étrangères. Il en va tout autrement des grands rendez-vous de 2024 : les élections européennes en juin, américaines en novembre et sans doute, bien que la date n’en soit pas encore fixée, britanniques.

Autorégulation

Les inquiétudes sur l’utilisation politique de l’IA sont particulièrement vives aux États-Unis, où les interférences russes sur les réseaux sociaux ont contribué à faire élire Donald Trump en 2016. En juin dernier par exemple, l’ancien CEO de Google Eric Schmidt prédisait que l’absence de régulation des contenus fallacieux générés par l’IA créerait d’importants problèmes lors des élections américaines. Le décret exécutif sur l’IA ne semble pas susceptible d’apporter seul la solution (lire Qant du 31 octobre). Début novembre, cependant, Meta a décidé de priver les marketeurs politiques de ses outils publicitaires basés sur l’IA, à la suite d’engagements volontaires pris à la Maison-Blanche (lire Qant du 28 juillet, 8 novembre et du 28 juin). 

Reste à voir si l’autorégulation des plates-formes suffira à mettre en place des garde-fous techniques et politiques qui empêcheront la manipulation des élections. Les précédents laissent la place au doute.

Pour en savoir plus :

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_75c0ee29b45d487cbcca2154404a5a84