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Les écrivains américains vers le jihad butlérien

Alors que la grève des scénaristes et des acteurs à Hollywood s’approche des six mois, romanciers et écrivains tentent la voie judiciaire. Leur lutte contre l’IA pourrait bientôt franchir l’Atlantique.

Les écrivains américains vers le jihad butlérien

Après la Writers Guild of America, deux syndicats qui regroupent 11 500 scénaristes, voici l’Authors Guild, qui regroupe 9 000 romanciers et écrivains. Avec des auteurs de la notoriété de Jonathan Franzen (The Corrections, Freedom…), George R.R. Martin (Game of Thrones) ou l’auteur de romans policiers John Grisham, la Guilde vient de déposer une plainte contre OpenAI, l’accusant d’avoir enfreint les règles américaines du copyright en utilisant des livres pour former le ChatGPT. Elle considère que les modèles d’OpenAI peuvent désormais produire des « œuvres dérivées » imitant et résumant les livres des auteurs, ce qui nuit au marché de leurs œuvres.

OpenAI a admis avoir utilisé des œuvres protégées par le droit d’auteur, sans préciser lesquelles. Au contraire, Meta argue dans un autre procès, à San Francisco, que les allégations de violation de droits d’auteur devraient être rejetées, car les créateurs n’ont pas pu prouver que Llama a généré du texte ressemblant étroitement à leurs œuvres. De plus, Meta souligne que les livres de l’humoriste Sarah Silverman et des autres plaignants représentent « moins d’un millionième » du matériel utilisé pour former Llama.

Les écrivains n’ont pas la possibilité de se mettre en grève, comme les scénaristes et les acteurs, qui bloquent depuis le 2 mai la production de nouveaux films et séries. Mais l’Authors Guild a une tradition litigieuse très développée, qui s’est notamment exercée contre les banques de données Lexis-Nexis et, sans succès, contre Google.

Tu es une IA, Harry

En Europe, ce sont d’abord les pays anglophones qui sont touchés par le phénomène. En début de semaine, l’acteur et humoriste anglais Stephen Fry s’est indigné que sa voix, tirée des livres audio « Harry Potter », ait été répliquée par un logiciel d’IA sans son consentement. Fry a produit un clip où sa voix, produite par l’IA, narrait un documentaire historique, bien qu’il n’ait jamais enregistré ces paroles. Cet été, le chanteur irlandais Hozier avait menacé de se mettre en grève (lire Qant du 25 août).

Dans la série de romans de science-fiction Dune, une jeune patricienne, Serena Butler, lance un appel à se débarrasser des “machines pensantes”. Le “jihad butlérien” qui s’ensuit aboutit à la disparition des intelligences artificielles, désormais implantées dans des humains modifiés, les “mentats”. A l’opposé, la chanteuse Selena Gomez, suivie par 492 millions de personnes sur Instagram, déclarait hier, d’après le Hollywood Reporter : “Je suis terrifiée par l’IA mais je ne pense pas qu’elle puisse jamais remplacer ce qu’écrit un humain”.

Selena ou Serena, il va falloir choisir.

*Pour en savoir plus : *

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_3e03403413cd4c6ba385ebf6234e80d7