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Nvidia, le monopole qui dérange

La start-up D-Matrix vient de lever 110 millions de dollars pour tenter de bousculer le quasi-monopole du géant américain dans le domaine des microprocesseurs destinés à l’intelligence artificielle.

Nvidia, le monopole qui dérange

Un nouveau David s’attaque au Goliath des microprocesseurs. Selon les informations de Reuters, la start-up D-Matrix, basée dans la Silicon Valley et spécialisée dans les microprocesseurs destinés à l’intelligence artificielle générative, a levé 110 millions de dollars, notamment auprès du fonds souverain singapourien Temasek et de Microsoft. Un événement, tant le marché des microprocesseurs utilisés par l’IA est dominé par Nvidia. Début août, Nvidia a rendu public un chiffre d’affaires trimestriel à hauteur de 13,5 milliards de dollars, un montant supérieur de 2 milliards aux prévisions de l’entreprise. Portée par le boom que connaît l’IA générative, en rupture de stock, elle vend à prix d’or ses microprocesseurs GPU : le H100, son modèle phare, a vu son prix exploser pour dépasser les 40 000 dollars pièce et les délais de livraison s’allonger outre-mesure.

La demande, elle, suit, et pour cause : les levées de fonds des start-ups de l’IA n’en finissent pas de crever le plafond (voir, par exemple, Expert ci-dessous). Mustafa Suleyman, créateur de la licorne Inflection AI, a laissé entendre qu’une grande part de sa récente levée de 1,3 milliard de dollars (lire Qant du 30 juin) était consacrée à l’investissement en microprocesseurs. Il faut dire que Nvidia compte parmi les investisseurs du tour de table, dont l’un des objets est de construire un supercalculateur équipé de 22 000 GPU H100.

Plus récemment, Mustafa Suleyman a déclaré au Financial Times que les États-Unis devraient réserver la vente des puces d’intelligence artificielle de Nvidia uniquement aux acheteurs s’engageant à utiliser éthiquement la technologie (comme Inflection, sans doute). Il propose que les États-Unis imposent des normes mondiales minimales pour l’utilisation de l’IA, en s’alignant sur les engagements pris au sein du Frontier Model Forum (lire Qant du 28 juillet).

Goliath ne craint pas les chaînes

Outre la Chine, les États-Unis ont restreint pendant l’été l’exportation des puces A100 et H100 de Nvidia à certains pays du Moyen-Orient. Nvidia a indiqué que ces restrictions n’auraient pas d’impact sur ses résultats. La concurrence n’en aura pas non plus : Qualcomm vient de jeter partiellement l’éponge, se concentrant sur les véhicules autonomes ; Intel et ARM semblent définitivement confinés, l’un aux PC et aux serveurs, l’autre aux téléphones mobiles (même si Grace Hopper, la puce combinée de Nvidia, s’appuie sur une architecture ARM pour la partie CPU).

Le principal danger pour Nvidia pourrait venir de Google, qui construit ses propres puces optimisées, les TPU (pour Tensor Processing Unit). Mais cela ne peut satisfaire les concurrents de Google, Microsoft et AWS en tête. De là le besoin d’innovation et de start-up comme D-Matrix. Elle ne vend pour l’heure que des puces d’évaluation, qui de plus ne s’attaquent pas au cœur du marché, l’entraînement des grands modèles de fondation, mais à l’inférence, les calculs effectués après l’entraînement (pour répondre à une question sur Chat-GPT, par exemple). Mais elle estime pouvoir passer en production d’ici à deux ans, générant aussitôt un chiffre d’affaires de plus de 70 millions de dollars. Ce qui suffirait pour qu’elle devienne rentable, mais pas encore pour desserrer l’étreinte de Nvidia

*Pour en savoir plus : *

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_cd5ca8fab3f84c26857cb7386ec58ca6