Imaginez ne plus pas avoir besoin de relancer ChatGPT après chaque réponse, lorsque celle-ci ne vous convient pas. Que ce dernier soit capable de s’auto-corriger, de réfléchir de manière autonome aux différentes étapes pour atteindre le but que vous lui avez donné. Ces agents d’IA autonomes sont désormais une réalité : on les appelle les agents génératifs. Certains y voient **“la première étincelle de l’intelligence artificielle générale”. **
Début avril, des chercheurs de Stanford et Google présentaient un “village” dans lequel 25 agents génératifs interagissent entre eux socialement, prenant des cafés, échangeant des informations (voir Qant du 14 avril). Pour simuler au mieux les interactions humaines, chaque agent va se servir d’une “mémoire” pour collecter des “souvenirs” qui seront ensuite classer puis transmis au modèle de langage. L’agent va ensuite générer des réflexions pour en tirer des déductions.
Tout d’abord, de quoi parle-t-on ? Les agents génératifs ne remplacent pas les chatbots d’IA que sont ChatGPT, Bard ou Claude, mais ils viennent en supplément, comme une couche supplémentaire qui leur donnerait leur autonomie. AutoGPT, par exemple, crée une boucle où chaque réponse de ChatGPT génère la question suivante, dans un ordre qui poursuit le but premier, l’instruction de haut niveau.
Les agents génératifs (ou agents autonomes) sont donc capables de prendre des décisions par eux-mêmes et d’agir de manière indépendante. Quatre attributs les caractérisent : leur autonomie (c’est-à-dire leur capacité à agir sans intervention humaine), leur perception (qui leur permet de collecter des informations dans leur environnement), leur capacité de raisonnement (être capable de traiter ces informations et d’en tirer des décisions à prendre) et d’action (appliquer ces décisions en interagissant avec l’environnement). Un élément essentiel est celui de la planification : les actions des agents sont fondées sur un plan, qui est mis à jour au fur et à mesure pour que ces dernières soient toujours cohérentes et crédibles.
Le site AgentGPT permet de se faire un premier avis sur l’efficacité de ses outils. Deux informations simplement sont demandées, avant que la magie n’opère : un nom pour notre agent, et une “mission” à accomplir. Demandons par exemple à AgentGPT de nous rédiger un discours qui vante les mérites des agents génératifs.
Sur la capture d’écran ci-dessus, on peut voir une partie du cheminement de pensée de l’agent, qui va ajouter de lui-même des étapes à son raisonnement au fur et à mesure de celui-ci : “collecter des données sur les bénéfices et les applications des agents génératifs”, “utiliser le langage naturel et le machine learning pour générer un discours”, etc… Une fois un premier discours proposé, AgentGPT ne s’arrête pas en si bon chemin, et continue de travailler, en proposant par exemple comme tâche : “Collaborer avec des experts dans ce domaine afin d’élaborer des lignes directrices pour l’utilisation éthique et responsable des agents génératifs dans divers secteurs et contextes.” Si cette version gratuite s’arrête assez rapidement, les agents génératifs ont en effet la capacité de travailler à l’infini, en se relançant d’eux-mêmes. Ou au contraire de disparaître sans trace, une fois la tâche qu’on leur avait donnée.
Sans aller jusqu’à l’exemple extrême de ChaosGPT (voir Qant du 13 avril), un agent autonome à qui on a donné par provocation la mission de “détruire l’humanité”, les questions soulevées par le développement des agents génératifs vont évidemment se multiplier. Leurs applications malveillantes semblent aussi infinies que les bienveillantes. Mais sans penser toujours à mal, on imagine facilement ces agents génératifs peupler des univers virtuels, voire construire des métavers entiers.
M. de R.
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_eba6ca9643bd4f3db0e33c391e20569e