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Métavers : une consultation pour quoi faire ?

Métavers : une consultation pour quoi faire ?

Jusqu’au 2 mai prochain, Bercy organise une consultation publique sur le métavers à la française. L’initiative, passée presque inaperçue jusqu’à présent, illustre bien le décalage entre le temps du politique et celui de la technologie. Elle pourrait même donner des idées sur comment le résoudre.

Voici un an précisément, Qant publiait l’une des premières analyses journalistiques en langue française sur l’IA générative. L’essentiel de l’actualité, cependant, se nourrissait alors du métavers. Il semblait destiné à prendre la relève pendant “l’hiver crypto” et le candidat Emmanuel Macron promettait un métavers européen en défense de la souveraineté numérique du Vieux Continent.

Au lieu de quoi, voici venu l’hiver du métavers. Même Meta n’en parle quasiment plus et Apple pourrait bien annuler le lancement de son casque de réalité virtuelle, prévu pour juin. C’est le moment que choisit la la Direction générale des entreprises du ministère de l’Économie et des Finances pour lancer une consultation publique sur les “univers immersifs virtuels à la française” afin de donner corps aux promesses électorales du Président.

On peut, sans trop s’avancer, prévoir que les résultats de la consultation n’auront guère de retombées médiatiques. Si ce n’est pour moquer l’impéritie des politiques et des fonctionnaires qui, du Plan Calcul au cloud souverain ou à France IA, ont toujours fait rater à la France ses rendez-vous avec l’Histoire, ou du moins la technologie. La critique est facile et l’on ne voit jamais émerger, dans ces acerbes éditoriaux, l’embryon d’une solution.

Le salut par le jeu… et l’IA

Or, le métavers n’a pas dit son dernier mot. L’offensive marketing de Facebook, dont ont bénéficié deux plates-formes crypto, Decentraland et The Sandbox, s’inspirait de succès très réels. Si on définit le métavers (ou “l’univers virtuel à la française”) comme un réseau social dont les membres interagissent via un avatar, alors le premier d’entre eux est sans conteste Roblox, suivi de deux autres plates-formes ludiques, Fortnite et Minecraft de Microsoft. Trop facilement écartés au prétexte qu’il s’agit de jeux, ils forment la réalité du marché, qui se développe sans tenir compte des échecs des nouveaux entrants.

Le secteur ignore la crise. Le nombre d’utilisateurs de Roblox par exemple connaît une croissance continue. Il s’est établi en moyenne, au premier trimestre, à 67,3 millions par jour, dont 16,6 millions d’Européens. La plateforme créée en 2004 en Californie par David Baszucki et Eric Cassel a intégré, parmi les premiers, des outils d’IA générative. La génération d’avatars, à laquelle se forme toute la génération montante, est en effet un des cas d’usage les plus évidents pour des modèles qui créent des conversations, des images et des animations.

Certes, il est des statistiques cruelles. En juin 2021, une étude d’IDC (« Worldwide Semiannual Augmented and Virtual Reality Spending Guide« ) prévoyait que les ventes de matériel permettant l’accès au métavers auraient atteint en 2023 les 160 milliards de dollars. Au lieu de quoi, le marché s’est contracté l’an dernier, de plus de 20%. Qu’à cela ne tienne, l’institut reprend 2022 comme base de ses projections optimistes :

Ici encore, on aurait tort de se moquer trop vite. Indéniablement, la greffe de la réalité virtuelle n’a pas pris sur le monde des adultes, via Facebook ou Teams. Mais qu’on la retrouve sur Playstation, Niantic ou Roblox, selon son âge, toute la génération montante interagit par avatars dans un univers virtuel. Le décollage de l’IA générative ne fait qu’accélérer ce processus.

Il n’est donc pas trop tard pour consulter les professionnels sur la règlementation de ces technologies. Ni trop tôt, même si la plupart des électeurs concernés n’ont pas encore le droit de vote. On peut regretter aujourd’hui que des initiatives comme France IA, à la toute fin du mandat de François Hollande, n’aient pas été pérennisées. Non seulement la France de l’IA vit encore ses acquis mais la nécessité d’une règlementation intelligente se fait plus que jamais sentir.

Il faudrait pour cela que le politique lève son regard au loin, et non sur les médias du jour. Ou du moins, une implication continue des pouvoirs publics dans le débat technologique.

J.R.

Pour répondre à la consultation de la DGE, c’est par ici*. *


Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_fb876c860bde432e8de199b6d04c3c49