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L’IA générative entre bulle Internet et « iPhone moment »

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L’IA générative entre bulle Internet et « iPhone moment »

**Alors que l’on ricane désormais à l’évocation du métavers ou que l’on soupire au souvenir de sa cryptofortune évanouie, l’enthousiasme et l’argent se déversent sans compter dans l’IA générative. Sa dynamique économique et technologique pourrait favoriser les détenteurs de contenu de qualité. **

Le 29 juin 2007, Steve Jobs présentait le premier iPhone, à la fois téléphone,  appareil photo, baladodiffuseur et écran d’accès à Internet. 74 jours plus tard, il s’en était vendu 1 million d’exemplaires.Le 30 novembre 2022, OpenAI ouvrait ChatGPT. Le 4 décembre, plus d’un million de personnes l’avaient déjà utilisé. Le mois suivant, on dénombrait 100 millions d’utilisateurs. L’éditeur a ensuite bridé l’accès direct au service, devenu payant, mais sa croissance exponentielle se poursuit certainement – d’autant que chaque utilisateur d’un logiciel de Microsoft y aura bientôt accès et que chacun bientôt pourra intégrer un plug-in ChatGPT à son site Web.

Une nouvelle couche applicative

Google, Salesforce, DuckDuckGo, Opera ont tous emboîté le pas de Microsoft. Le monde du logiciel commence ainsi à préparer une nouvelle interface où l’homme commandera à la machine en langage naturel, à l’écrit tout d’abord puis sans doute à l’oral et même par des gestes interprétés par la caméra de l’ordinateur. Cela sonne le glas, ou du moins l’heure du pivot, pour des start-up comme Jasper, Rephrase.ai ou Resoomer, qui permettent un accès plus facile aux grands modèles de langage naturel (LLM).

Cependant, une deuxième vague d’applications se structure. Lindy.ai promet une assistante capable de coder à la volée selon vos besoins tout en vous proposant des brouillons de réponse à vos mails, par exemple. Dans les investissements d’OpenAI en corporate venture on peut noter un assistant juridique, Harvey, et un autre informatique, qqbot.dev.

A elle seule, cette perspective d’une deuxième déferlante applicative suffit à écarter l’idée de la bulle proche d’exploser. L’exubérance de ce début d’année évoque plutôt les premières années des smartphones, alors que la Silicon Valley tout entière se mettait à coder en Objective C des applications qui allaient créer les deux immenses places de marché que l’on connaît.

La guerre des modèles bénéficierait aux éditeurs de contenu

D’autant que la feuille de route des modèles est claire. L’effet des premiers LLM multimodaux se fait sentir dans les images photoréalistes qui défraient l’actualité, de la fausse arrestation de Donald Trump par Eliot Higgins aux images plus intimistes de Joann Sfar. Après le text-to-text et le text-to-speech, le text-to-image arrive à maturité. Et le text-to-video a fait ses premiers pas cette semaine.

Or, l’IA générative est le seul domaine où les investissements en capital-risque ne cessent de croître. Cette déferlante d’argent renforce la création de nouveaux modèles de fondation. Malgré l’avance prise par OpenAI, il s’en annonce régulièrement de nouveaux. Et hormis la course au nombre de paramètres, l’entraînement des modèles est la seule manière de différencier un modèle de l’autre.

Le succès de ChatGPT a donné gratuitement à OpenAI une immense quantité de données sur laquelle entraîner ses futurs modèles : de quoi sans doute rivaliser avec Google. La seule manière pour leurs rivaux de faire aussi bien consiste à s’appuyer sur des fonds documentaires qui ne sont pas librement accessibles sur Internet.

A défaut de pouvoir rivaliser sur la quantité de données d’entraînement, textuelles, graphiques ou photographiques, les LLM vont devoir rivaliser sur la qualité de ces données. L’institut CB Insightss dresse ainsi la liste d’une vingtaine de secteurs dont les fonds pourront permettre de former et ajuster un modèle pour deux types de demandes : la recherche de connaissance et l’aide à une décision d’achat. Il estime que la demande pourrait faire pâlir les montants investis par Google pour l’acquisition de trafic – plus de 50 milliards de dollars par an.

Pourvu que ce ne soit pas une bulle.

J.R.

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_1fa3216d179645708282c30786f7d029