Aller au contenu

Veille tech & IA — analyses Qant Recherche

Article

Quand le meilleur MBA du monde oblige ses élèves à utiliser ChatGPT

Quand le meilleur MBA du monde oblige ses élèves à utiliser ChatGPT

Début février, l’université de Strasbourg a fait repasser en présentiel un examen à des élèves soupçonnés d’avoir utilisé ChatGPT quand ils l’effectuaient en distanciel. Le mois précédent, Sciences Po et de nombreux autres établissement d’enseignement supérieur de par le monde avaient interdit à leurs élèves l’utilisation de ChatGPT (cf. Qant, 30 janvier 2023). La Wharton School de l’université de Pennsylvanie, qui dispense l’un des plus prestigieux MBA de la planète, a choisi une tout autre approche.

Le 23 janvier, Christian Terwiesch publiait un article de recherche sur la capacité de ChatGPT a obtenir un MBA de Wharton, sur la base de ses performances dans un des principaux cours, sur le management opérationnel. “Un travail formidable pour la gestion opérationnelle de base et l’analyse des processus, y compris celles qui sont basées sur des études de cas. Non seulement les réponses sont correctes, mais les explications sont excellentes” remarquait l’auteur. Les capacités de calcul mathématique d’un LLM sont notoirement désastreuses, et cela handicape le robot pour les analyses de processus plus avancées, comme les flux avec des produits multiples ou les problèmes avec des effets stochastiques, comme la variabilité de la demande. En revanche, ChatGPT se révèle un élève attentif et éveillé, capable de faire trésor de chaque indice que lui donnent ses professeurs. Au total, évalue Christian Terwiesch, le modèle aurait sans doute obtenu un B ou B- en management opérationnel, ce qui augure bien de ses capacités à obtenir le meilleur MBA du monde (d’après le Financial Times, dont le classement fait autorité en la matière).

“Cela a des implications importantes pour l’enseignement des écoles de commerce, notamment en matière depolitiques d’examen, de conception de programmes d’études axés sur la collaboration entre l’humain et l’IA, des possibilités de simuler des processus décisionnels du monde réel, de la nécessité d’enseigner la résolution créative de problèmes, d’amélioration de la productivité de l’enseignement…” observe pudiquement l’article de recherche. Et les enseignants de Wharton de s’y atteler sans tarder.

Enseigner avec et non contre l’IA

Ethan Mollick a intégré l’utilisation de l’IA dans trois cours de niveau licence et master en entrepreneuriat et innovation. Dans un des cours, il a notamment imposé l’utilisation de l’IA pour aider les étudiants à générer des idées, produire du matériel écrit, créer des applications et générer des images. Dans un deuxième cours, l’IA était requise pour certaines tâches, mais optionnelle pour d’autres, tandis que dans le dernier cours, Ethan Mollick a simplement présenté les outils d’IA sans tâches spécifiques. Il en retire trois conclusions.

Sans formation, tout le monde utilise mal l’IA”, explique Ethan Mollick. Si des enseignants se plaignent de voir des travaux bâclés, mal écrits par l’IA, alors que ChatGPT est capable d’écrire très bien c’est que les premières tentatives d’utilisation de l’IA sont mauvaises pour presque tout le monde. L’ingénierie d’invite (“prompt engineering”) est un apprentissage spécifique, pour lequel l’enseignant a développé des guides (ci-dessous. La nécessité d’y former les élèves s’impose.

En revanche, les étudiants comprennent d’eux-même que les résultats produits par l’IA peuvent être inexacts ou biaisés. En les rendant responsables de vérifier les faits énoncés par l’IA, il se crée des moments pédagogiques intense et productifs. “L’approche la plus efficace, qui a permis d’obtenir les meilleurs [travaux] est de loin celle de la co-édition. Elle exige une attention particulière au résultat de l’IA, ce qui la rend également très utile pour l’apprentissage des étudiants”, témoigne par exemple Ethan Mollick.

Enfin, l’IA est déjà partout. Les étudiants l’utilisaient avant même que le professeur n’en fasse son cheval de bataille et ne leur en enseigne la bonne utilisation. “Les étudiants lèvent moins la main pour poser des questions. Je soupçonne que cela peut être dû au fait que, comme l’un d’entre eux me l’a dit, ils peuvent plus tard demander à ChatGPT d’expliquer les choses qu’ils n’ont pas comprises sans avoir besoin de parler devant la classe” conclut Etan Mollick : ‘Le monde de l’enseignement est maintenant plus compliqué, d’une manière qui est à la fois excitante et un peu déconcertante” . On ne saurait mieux dire.

J.R. & M. de R.

**Pour en savoir plus: **

• « My class required AI. Here’s what I’ve learned so far » d’Ethan Mollick est disponible sur sa newsletter à laquelle on peut s’abonner ici.

• “New Modes of Learning Enabled by AI Chatbots: Three Methods and Assignments”, un livre blanc de Ethan et Lilach Mollick, peut-être téléchargé ici.

• L’article de Christian Terwiesch, “Would Chat GPT3 Get a Wharton MBA? A Prediction Based on ItsPerformance in the Operations Management Course”, Mack Institute for Innovation Management at theWharton School, University of Pennsylvania, 2023, est ici.

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_45df4d75de7f4d7cbe9dcd6b8ca24e6c