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Les 3 chocs auxquels doit faire face l’Europe

Confrontée à un choc géopolitique global, l’Europe doit simultanément répondre à la remise en cause de son modèle par Donald Trump, à l’agression militaire russe et à la montée d’un monde post-occidental.  Et pour commencer, combler son retard dans la course technologique.

Les 3 chocs auxquels doit faire face l’Europe

Josep Borrell (au centre), lors du colloque World In Progress • Source : WIP

Contrairement aux États-Unis et à la Chine, qui investissent massivement dans l’intelligence artificielle, la défense cybernétique et les télécommunications de nouvelle génération, l’Union européenne reste dépendante d’acteurs extérieurs non seulement pour ses capacités logistiques, mais aussi la reconnaissance aérienne, la défense anti-missile, les systèmes d’alerte spatiale et l’artillerie à longue distance. Cette vulnérabilité technologique est d’autant plus critique qu’elle compromet l’autonomie stratégique du continent face à des menaces de plus en plus concrètes : l’Europe doit faire face à trois chocs, expliquait fin juin Josep Borrell, ancien Haut représentant de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (et vice-président de la Commission), à l’occasion du colloque World In Progress à Chantilly.

Premier choc : le retour brutal de la guerre

Les cinq volets du retard européen • Source : WIP

Le premier choc auquel fait face l’Europe est celui de l’agression russe en Ukraine. Cette guerre, qui perdure depuis 2022, a obligé l’Union à revoir ses priorités sécuritaires et budgétaires. Bien que l’Europe ait globalement dépassé les États-Unis en termes d’engagement financier en faveur de Kyiv — avec plus de 204,7 milliards d’euros mobilisés par les institutions européennes et les États membres, contre 119 milliards d’euros (soit environ 115,4 milliards d’euros) côté américain —, elle reste largement tributaire du soutien logistique et technologique de Washington. Le conflit souligne cruellement le manque de préparation militaire européenne, notamment dans la projection de forces, la reconnaissance ou la cyberdéfense.

Deuxième choc : l’Amérique de Trump, un allié devenu rival

Le deuxième choc provient des États-Unis eux-mêmes. Le retour de Donald Trump à la présidence marque une rupture stratégique avec l’ère transatlantique. Fidèle à son projet « MAGA » (Make America Great Again), Trump cherche à démanteler le système libéral américain, à nouer des alliances transactionnelles avec des régimes illibéraux, et à ériger une forteresse nord-américaine autosuffisante. Sa stratégie tarifaire agressive, qui remet en question les fondements du libre-échange, pourrait affaiblir davantage les économies européennes déjà fragilisées par la guerre. Plus inquiétant encore, Trump s’affiche désormais ouvertement hostile au modèle social, écologique et démocratique européen.

Un monde post-occidental de plus en plus instable

Le troisième choc est d’ordre systémique : l’avènement d’un monde multipolaire, mais non multilatéral. Dans ce nouvel ordre global, ni les institutions internationales ni les règles communes ne sont plus garanties. Le clivage ne se limite plus à l’axe Nord-Sud, mais s’étend désormais à une opposition entre le “Nord global”, l’“Est global” et le “Sud global”. Tandis que la Chine domine l’industrie mondiale (29 % de la valeur ajoutée industrielle), les États-Unis conservent leur suprématie financière (60 % des réserves mondiales en devises sont libellées en dollars). L’Europe, elle, peine à définir sa place dans cette rivalité structurelle et doit impérativement renforcer sa souveraineté, tant sur le plan militaire que technologique.

Face à ces trois chocs convergents, l’Europe n’a plus le luxe de l’attentisme. Mais l’objectif de consacrer 3,5 % du PIB (contre 1,9 % actuellement, soit 326 milliards d’euros) aux dépenses de défense ne sera pas facile à atteindre. Il suppose des choix politiques ambitieux : émission de dettes communes, redéfinition des alliances, et accélération de l’investissement dans les technologies de rupture. Mais ce n’est qu’au prix de cette autonomie stratégique retrouvée que l’Europe pourra préserver son modèle et résister aux turbulences du nouvel ordre mondial.


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Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_121ca12a2edb4e68a8652ca23f937c41