Aller au contenu

Veille tech & IA — analyses Qant Recherche

Article

Sur un air d’IA

L’essor de l’IA dans l’industrie musicale représente une occasion colossale pour les plateformes de streaming : 200 millions de dollars l’an dernier, sur lesquels aucun droit d’auteur ne doit être reversé. Malgré l’incertitude juridique, Spotify commence à intégrer ces morceaux dans ses playlists.

L’IA est partout. La musique n’y échappe pas. Les évaluations diffèrent selon les méthodes de calcul, mais on sait avec certitude que l’IA a commencé à envahir les plateformes de diffusion. Les positions des grands acteurs de la diffusion de musique en ligne sur ce sujet peuvent apparaître comme divergentes. Deezer a pris le parti de la résistance, quand un acteur majeur comme Spotify laisse plus ou moins faire. Apple ou Amazon n’ont pas encore montré la direction qu’ils comptaient prendre à ce sujet.

De fait, les projets IA, ou identifiés comme tels, pullulent avec parfois un certain succès. Arrivé sur les plateformes début juin, l’album Floating on Echos d’un groupe nommé Velvet Sundown a créé l’événement. En effet, il s’agit, en l’absence de confirmation véritable, d’une œuvre entièrement générée par une IA ! Et la qualité est bluffante, à tel point que Spotify n’a pas hésité à faire monter le titre dans des playlists à fortes audiences.

Copyright

Cet album a créé une onde de choc dans l’industrie ; le cas a été discuté par des blogueurs influents du monde de la musique sur YouTube. Avec comme objectif de percer le mystère : « Est-ce qu’une IA peut être aussi bonne ? » La réponse reste sujette à interprétation. Quoi qu’il en soit, en dehors du cas Velvet Sundown, il apparaît clair qu’à brève échéance, les projets IA seront capables d’égaler voire de dépasser le flux ordinaire de production sur les plateformes de musique, sans que le consommateur n’ait à y redire. Ce qui pose un grave problème pour tout l’écosystème. L’écueil est massif, car ces produits IA ne peuvent bénéficier du droit d’auteur, qui est une notion juridique fondamentale fondée sur la présence d’une personne, le créateur ou auteur. L’IA n’est pas reconnue comme telle. De fait, l’argent généré par les streams de ces œuvres, et en l’absence d’une jurisprudence sur des cas concrets, n’est jamais reversé. Il reste dans les caisses des plateformes.

Législation nécessaire

Par ailleurs, la question de la distinction entre création humaine et production par une IA n’est pas facile à régler. Le bureau du copyright américain estime qu’une participation substantielle d’un humain est nécessaire pour que le droit d’auteur s’applique aux États-Unis. En Europe, cette voie sera probablement également suivie. Alexandra Bensamoun estime à ce sujet que « le dernier mot reviendra sans doute au législateur ». Le champ juridique est donc encore vaste et, en grande partie, obscur sur ces éléments. En attendant une réponse jurisprudentielle ou législative, les organismes de gestion collective tentent de répondre aux questions de leurs membres. Dans une brochure publiée récemment, la Sacem  a estimé que les paroles écrites par un humain sur une musique créée par IA pouvaient être protégées, mais pas la musique. Et inversement pour une musique écrite par un humain et des paroles produites par une IA. La Sacem a également précisé ses conditions pour les auteurs et compositeurs qui utilisent l’IA générative pour les accompagner dans l’acte de création : « Dans l’hypothèse où une personne physique utilise un outil d’intelligence artificielle pour générer un contenu, la protection du droit d’auteur et la possibilité d’effectuer une déclaration à la Sacem dépendent de la nature de la contribution de cette personne physique ». Mais les évaluations sont difficiles, en l’absence d’outil permettant de jauger de manière claire création humaine et production par une IA. Un certain niveau de confiance doit donc être appliqué à l’égard des membres qui déposent des œuvres …

Chiffrage

La question du chiffrage des revenus générés par l’IA se pose à toute l’industrie de la musique. Il est difficile d’avoir une idée précise, car comme nous l’avons indiqué plus haut, il y a encore des points à discuter pour savoir ce qui distingue une production IA d’une production humaine aidée par l’IA. Le prompt qui va conduire l’IA à créer la chanson ou l’album est d’une certaine manière aussi une partie de cette production … Qu’à cela ne tienne, en se basant sur les revenus mondiaux du streaming payant, on peut estimer le total à près de 200 millions de dollars en 2024 pour les streams IA. Et la croissance est fulgurante, surtout si les plateformes décident d’intégrer ces musiques faites par des ordinateurs dans leurs playlists.

En 2025, ce chiffre devrait doubler, selon les premières indications. Et ce ne sont pas les procès contre les développeurs de ces modèles qui vont ralentir le rythme de production de musique IA. Et encore moins les goûts des consommateurs, si ces derniers ne sont pas clairement informés de ce qu’ils écoutent. La transparence est demandée sur ce sujet par la plupart des acteurs de l’industrie de la musique. 

Emmanuel Torregano

En partenariat avec :


Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_01d636ab989f4b2daa140a7c0902663f