Les tarifs douaniers aggraveront le retard de Tesla dans l’innovation • Qant avec GPT-4o
Le petit bout de la lorgnette d’abord. Hier soir, le monde de la tech a parfaitement interprété la “libération” de l’Amérique claironnée par Donald Trump : les cours d’Amazon, Apple, Meta, Nvidia et Tesla ont dévissé. Les purs fournisseurs de services logiciels, Microsoft et Google, ont un peu moins souffert, mais les “Magnificent Seven” sont clairement à la peine. Et avec eux, qui représentent un quart de la bourse américaine, les retraites et l’épargne des Américains.
Des appels à ce que l’Europe réagisse en relançant la “taxe Gafam” se sont immédiatement élevés. Bruxelles prendra son temps mais il semble logique que, fin avril, nous réagissions en frappant non plus le bourbon et les Harley-Davidson, mais les très symboliques produits d’Apple et surtout Tesla, dont le CEO a joué un rôle déterminant dans l’élection de Donald Trump. Un tarif punitif sur les Tesla n’impactera plus guère le marché européen de l’automobile, tant la demande s’est écroulée. Et le coût de ses voitures, tout comme celui des iPhones, ne pourra de toutes manières qu’augmenter au fur et à mesure que les chaînes logistiques et de fabrication s’adaptent aux tarifs sur la Chine.
Rêve éveillé
Du train dont vont les choses, que Tesla perde le marché européen sera sans doute le cadet des soucis d’Elon Musk. L’obsolescence de sa gamme et la concurrence accrue – BYD est devenu le premier constructeur de véhicules électriques au monde – l’ont contraint à se réfugier dans le projet irénique de créer une voiture autonome de masse. Il semble aussi hors de la portée de Tesla qu’établir des colonies humaines sur Mars, qui n’est guère qu’une manière de nourrir SpaceX de subventions. Mais peu importe : pour nourrir ces rêves technologiques, Musk a besoin d’une dynamique politique.
Or, hier, Trump a fait fuiter à la presse qu’il pourrait, dès cet été, ne pas renouveler Musk à son poste à la tête du Doge, le département qui s’illustre depuis deux mois par des coupes inconsidérées dans les agences fédérales. Le président montrait ainsi à sa cour son déplaisir, après la défaite subie par son parti dans une obscure élection du Wisconsin.
Musk s’y est impliqué car une loi du Wisconsin interdit à Tesla d’y établir des concessions automobiles. En un temps où la notion de conflit d’intérêt est entrée en désuétude, le candidat républicain à la cour suprême de l’État aurait pu favoriser les intérêts commerciaux de Tesla en influençant des décisions judiciaires en sa faveur. Dans ce but affiché publiquement, Musk a investi plusieurs dizaines de millions de dollars dans la campagne républicaine. À défaut de pouvoir acheter des voix, il a offert 100 dollars à tous ceux qui ont signé une pétition contre la magistrature, ainsi qu’une chance de gagner 1 million dans un tirage au sort parmi les signataires.
Virilisme émasculé
Le candidat républicain a perdu. Musk a donc échoué et, avec lui, toute une certaine Silicon Valley. Un exemple parmi mille : Mark Zuckerberg, tout récemment converti au “masculinisme” trumpien, déploie depuis des semaines de grands efforts pour obtenir de la Maison-Blanche qu’elle pèse sur la Commission européenne afin d’obtenir une dérogation sur l’application à Meta du DMA et du DSA. On ne peut que souhaiter à Meta que la Maison-Blanche maintienne son hostilité à Zuckerberg.
Samedi, Trump annoncera sa décision sur la reprise des opérations américaines de TikTok. La presse américaine donne pour favori le très viril Larry Ellison d’Oracle. Malgré la récente poussée de testostérone de Jeff Bezos, la candidature d’Amazon semble guère être prise en considération. Et surtout, la “libération de l’Amérique” ôte à la Chine toute incitation de céder l’algorithme de Bytedance à la future TikTok America.
Que les milieux d’affaires et la tech américaine paient la sottise de leur soutien à Donald Trump n’émouvra personne. Que les virilistes au petit pied laissent une certaine masculinité à Patrick Bateman, le héros de American Psycho, serait indéniablement un progrès.
Qu’à l’occasion du TeslaCrash qui se prépare, l’informatique et l’intelligence artificielle perdent leur part de rêve… Voilà qui donnera peut-être une chance à l’Europe de se construire une autonomie numérique, aux côtés d’une armée qui puisse pallier la trahison de Trump.
Mais le futur TeslaCrash pourrait avoir des conséquences bien plus funestes.
Le grand bout de la lorgnette
Le 17 juin 1930, le retour de l’Amérique au protectionnisme a transmis au monde la récession provoquée par sa crise financière de 1929, favorisant ainsi l’élection de Hitler, notamment soutenu par Henry Ford, le grand constructeur automobile américain du moment.
Le 3 avril 2025, l’Amérique revient au protectionnisme. Le grand constructeur automobile américain du moment soutient à son tour l’extrême-droite européenne. Pour la crise financière, il suffit d’attendre les effets de la généralisation des cryptos dans la finance. Ou le moment où la sortie de route de Tesla entraînera les autres Magnificent Seven.
Encore un effort, M. Trump.
Jean Rognetta
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_8d473d624a764ab5b5e93f296c38ef4d