Ce vendredi soir, la trêve des confiseurs restera suspendue à deux événements américains. On a vu cette semaine Elon Musk démolir, en quelques tweets, un accord bipartisan pour permettre la continuité de l’État. Le chaos politique qui s’en est ensuivi marque la naissance d’un nouvel espace public : la puissance politique de Musk lui vient tout autant de sa propre puissance dans les réseaux sociaux que de la bénédiction d’un président élu notamment grâce aux nouveaux médias et l’intelligence artificielle.
Or, celle-ci est loin d’avoir fini sa courbe de progression. Si l’on juge de l’arbre par ses fruits, il convient de s’inquiéter et se mobiliser.
L’ère des agents IA • Qant, M. de R. avec Midjourney
Peut-être la dernière annonce d’OpenAI, ce soir à 19 heures à l’heure de Paris, fera-t-elle “pschitt”. Nous reprenons, pour notre part, ceux qui pensent que Sam Altman montrera le nouveau modèle Orion, comme bouquet final de son feu d’artifice hivernal, qui n’a pas réussi à éclipser les annonces, technologiquement plus solides, de Google.
Ou peut-être y aura-t-il une surprise, comme un nouveau modèle de raisonnement, baptisé o3. Dans tous les cas, l’annonce sera significative. Elle donnera raison ou tort, à ceux qui comme le chercheur Gary Marcus pensent que les LLM ont atteint leur sommet (et qui, conséquemment, financent d’autres architectures : les LQM (ci-dessus), les LWM, les SSM…). Mais 2025, en matière d’IA, est déjà largement tracé.
Sur X-Twitter, Sam Altman fait monter les attentes pour ce soir • Source : X
Les agents d’IA, dont nous avions signalé l’émergence l’an dernier (lire Qant du 16 novembre 2023), vont commencer à prendre de l’ampleur : Gartner prédit qu’à partir de 2028, 15 % des décisions organisationnelles seront prises par ces agents. Ils participeront à la normalisation de l’IA, qui devient progressivement l’interface naturelle par lequel la machine prend ses instructions et les exécute en lançant des programmes ou, dans quelques années encore, en les écrivant.
Sam Altman prévoit que dans les mois à venir, l’intelligence artificielle générale (AGI) apparaîtra progressivement, dans le cadre d’une IA qui devient normale. Son grand rival, Dario Amodei, CEO d’Anthropic, anticipe une évolution majeure en 2026, qu’il qualifie d’« IA puissante », capable de résoudre des problèmes complexes dans des domaines comme la médecine et le climat. Le cofondateur de DeepMind Mustafa Suleyman, aujourd’hui à la tête de Microsoft AI, penche pour un délai prudent : entre deux et dix ans.
Les Français, Yann Le Cun en tête, se rebellent à l’idée. Notre prix Turing national a publiquement traité l’AGI de “connerie”. Il n’a sans doute pas tort mais, quand un tel aréopage, dans la Silicon Valley, annonce quelque chose, on peut la considérer quasiment certaine. Peut-être, sans doute, n’aura-t-elle pas grand-chose à voir avec ce que l’on avait annoncé, mais il n’est pas d’esprit cartésien qui tienne : les idées des plus forts sont toujours les meilleures.
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_48a72dcaf1cb477d852c23d8144ddb31