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Mais où s’en va OpenAI ?

Malgré les critiques et les lanceurs d’alerte, Sam Altman semble avoir un plan inarrêtable pour l’avenir d’OpenAI.

Mais où s’en va OpenAI ?

Les craintes d’Elon Musk étaient peut-être fondées. Le cofondateur d’OpenAI (qui a quitté l’entreprise depuis 2018) a avait déposé plainte contre les dirigeants de la start-up, Sam Altman en tête, pour avoir éloigné OpenAI de sa mission de laboratoire de recherche à but non lucratif. Or, OpenAI pourrait justement devenir une entreprise à but lucratif, selon The Information (lire Qant du 18 juin et, pour Elon Musk, du 4 mars). 

Sam Altman aurait évoqué cette possibilité avec des actionnaires. Il envisagerait une structure de société commerciale, comme le sont ses concurrents Anthropic et xAI, qui lui permettrait de préparer une introduction en bourse. Toujours d’après The Information, OpenAI a doublé ses revenus annualisés (ARR) en six mois, à 3,4 milliards de dollars (environ 3 Md€). Cela place la star de l’IA à un multiple “raisonnable”, avec une dernière valorisation privée à moins de 30 fois l’ARR.

Envie de respectabilité

En février, un consortium d’investisseurs mené par Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, a en effet racheté pour quelque 800 millions de dollars d’actions aux salariés sur la base d’une valeur d’entreprise de 86 milliards de dollars (environ 720 M€ et 80 Md€, respectivement).

Quel que soit l’avenir d’une telle transformation, OpenAI met beaucoup de moyens pour intégrer « corporate America », le fleuron du capitalisme outre-Atlantique. Son équipe de lobbying, à Washington et dans diverses capitales internationales, devrait bientôt atteindre les 50 personnes. Elle vient d’intégrer, dans son conseil d’administration et – surtout – son comité de sécurité, un ancien commandant de la NSA, le service secret chargé de la guerre électronique, le général Paul Nakasone.  De 2018 à 2024, Nakasone était à la tête du US Cyber Command, le commandement suprême des forces américaines dédiées à la cyberguerre. 

Les portes étroites

Or, OpenAI aura besoin de tout le soutien qu’elle peut mobiliser, même sans se lancer dans la fabrication de puces d’IA, pour laquelle Sam Altman cherche plus de 5 000 milliards de dollars (lire Qant du 12 février). Deux défis l’attendent en effet.

L’entraînement de GPT-5 a commencé. Extrêmement gourmand en ressources – de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars, au moins –, le nouveau modèle devra se montrer plus puissant que GPT-4 sans pour autant atteindre l’intelligence artificielle générale. Passé ce seuil, il se dit en effet avec assurance que Microsoft obtiendra la propriété intellectuelle des modèles d’OpenAI – ce qui rendrait vaines les ambitions de Sam Altman. La porte est étroite.

Celle qu’a ouverte Apple en promettant d’intégrer ChatGPT à Apple Intelligence l’est tout autant. Il est apparu en effet qu’Apple ne dédommage pas OpenAI pour les calculs d’inférence provoqués par les requêtes de ses utilisateurs. La montée en puissance sera certes progressive, puisqu’elle ne concernera que les possesseurs d’un iPhone 15 Pro, puis de ses successeurs. Mais elle pourrait représenter des centaines de millions d’utilisateurs. 

Tensions multiples

Or, leurs calculs s’effectueront sur les serveurs de Microsoft Azure. On imagine avec difficulté Microsoft subventionner les services qu’Apple offre à ses utilisateurs. L’éditeur, qui semble s’être prononcé en faveur de sa transformation en société commerciale, détient déjà 49% d’OpenAI. La transformation d’OpenAI en société indépendante devra ménager ses intérêts. Or, de premières tensions ont fait surface, explique-t-on, quand Mustafa Suleyman, cofondateur de DeepMind et désormais directeur de Microsoft AI (lire Qant du 9 avril), a obtenu l’accès aux algorithmes secrets de l’entreprise.

Sans compter les polémiques extérieures. Déjà, quand OpenAI avait accepté de travailler pour le Pentagone en début d’année (lire Qant du 18 janvier), l’initiative avait soulevé de vives protestations au sein du personnel. L’arrivée de Paul Nakasone en produit de nouvelles. Le lanceur d’alerte américain Edward Snowden, considéré par certains comme un espion à la solde de la Russie, a mis en garde, sur X-Twitter,  une l’intersection de l’IA avec les vastes données de surveillance accumulées au cours des deux dernières décennies pourrait donner des pouvoirs “terribles” à une poignée de personnes sans responsabilité politique.

Retombées

De plus, OpenAI a récemment dispersé son groupe de travail interne chargé de promouvoir l’utilisation sûre de l’intelligence artificielle. Ce groupe, connu sous le nom d’équipe de « superalignement, » a été décapité le mois dernier par le départ de ses deux dirigeants, Jan Leike et Ilya Sutskever (lire Qant du 15 mai). Leike a mentionné des désaccords persistants avec la direction d’OpenAI concernant les priorités fondamentales de l’entreprise. Quant à Sutskever, bien qu’il n’ait pas explicitement expliqué les raisons de son départ, des sources internes ont suggéré qu’il était en désaccord avec l’approche agressive de Sam Altman en matière de développement de l’IA. L’équipe de superaligmenent avait pour mission de trouver un successeur à l’approche actuelle de renforcement par apprentissage humain (RLHF), jugée insuffisante face aux systèmes d’intelligence supérieure à l’humain. 

Leopold Aschenbrenner (lire Qant du 13 et du 14 juin), un ancien membre de l’équipe, a refusé de signer les accords-bâillon en quittant l’entreprise. Il a depuis expliqué que les priorités ont été réorientées, et l’engagement de consacrer 20% des ressources informatiques à la sécurité a été rompu. Un autre membre encore de l’équipe, Daniel Kokotajlo, a publié avec d’autres de ses collègues une lettre ouverte exhortant l’entreprise à adopter des politiques plus transparentes et à protéger les droits des employés à avertir le public des risques potentiels (lire Qant du 3 juin). Enfin, deux anciennes membres du conseil d’administration d’OpenAI, Helen Toner et Tasha McCauley, ont affirmé fin mai dans une tribune pour The Economist qu’OpenAI et les entreprises d’IA avaient besoin d’une intervention gouvernementale, puisqu’incapable de s’auto-réguler (lire Qant du 28 mai).   

Il semble peu probable, toutefois, que toutes ces alertes obtiennent un résultat. Même Elon Musk a dû retirer sa plainte.

Pour en savoir plus :

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_d2b32a6339da4a45a4905315a0a5fdbb