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IA : la furia francese

Alors qu’en France les investissements dans l’IA continuent à tout va, aux États-Unis l’amorçage fléchit depuis deux trimestres. Les inquiétudes sur les applications ne troublent pas, cependant, la marche irrésistible des modèles de fondation et des infrastructures.

IA : la furia francese

Depuis début janvier, 49 start-up françaises de l’IA ont levé 1,2 milliard d’euros, d’après l’institut Pitchbook. Parmi elles, se détachent les modèles de fondation, Mistral AI et H (lire Qant du 11 décembre 2023 et du 22 mai), qui ont réuni environ la moitié de la somme. Quelque 600 millions, cependant, se sont reversés vers des start-up qui créent des applications d’IA. Parmi celle-ci, se distinguent notamment Pigment, une plateforme de planification professionnelle qui a réuni environ 120 millions pour introduire l’IA dans ses services ; Zama (environ 60 M€), un framework open source qui permet à un réseau de neurones d’effectuer des calculs d’inférence sur des données cryptées, et la plateforme d’édition de photo Photoroom (40 M€, lire Qant du 29 février).

Ce n’est là que la pointe émergée de l’iceberg : de nombreux investissements échappent aux radars. « Les grands business angels et les fonds se bousculent à la poursuite de start-up encore rares », * devait témoigner l’avocate Morgan Hunault-Berret, associée au cabinet Villechenon, lors de la réunion de l’Observatoire français du financement de l’IA (Offia) ce vendredi matin au palais Brongniart, organisée par Qant*. Pitchbook lui-même en recense 23 dont le montant n’a pas été rendu public. 

« Tout comme pour le cloud, dans l’IA l’infrastructure est en train de se mettre en place » explique Olivier Martret, partner chez Serena Capital : « Les start-up peuvent ensuite créer une véritable valeur dans les applications : les logiciels en Saas plutôt que les grandes plateformes de cloud ». Ainsi s’explique la frénésie d’investissements qui a saisi l’Hexagone.

Décrue

Aux États-Unis, cependant, la marée semble avoir changé. Pour le deuxième trimestre consécutif, les investissements en amorçage dans des start-up d’IA ont décliné outre-Atlantique. À 123 millions de dollars (113 M€) investis dans 34 start-up jusqu’à fin mars, on est loin des 372,4 millions de dollars (342 M€) du quatrième trimestre 2023, et encore plus des 518 millions de dollars (476 M€) de l’été dernier.

Les VCs américains craignent OpenAI. Plus précisément, d’après Pitchbook, le GPT Store, où sont réunis tous les préprompts de ChatGPT. Présentés comme des “agents”, ces GPTs ou Assistants évoquent plutôt des macros. Mais ils rendent inutiles bien des applications “professionnelles”. 

L’ouverture au grand public et la multimodalité complète de GPT-4o laissent craindre que l’histoire ne se répète. Le lancement de ChatGPT fin 2022 a en effet rendu obsolètes toutes les start-up qui optimisaient les prompts pour GPT-3. Certaines, comme Jasper, venaient de lever 135 millions de dollars (124 M€ : lire Qant du 13 décembre 2022). Caveat investor…

Cercle vertueux

Au-delà de l’amorçage, cependant, les investissements totaux dans l’IA se portent bien. On est loin des 95 milliards de dollars (87M€) investis en 2021, avant que ne refluent les grandes vagues de la voiture autonome et de l’IA dans la santé. Mais le cabinet Dealroom prévoit qu’après deux années où la croissance de l’IA générative n’a pu pallier la contraction de l’IA en général, les deux grands segments repartent dans le vert cette année. 

Pour ce qui est de l’IA générative, Dealroom recense plus de 1000 start-up dans les applications à travers le monde, mais le gros des investissements se concentre dans la cinquantaine de jeunes sociétés capables de créer des modèles de fondation. Elles-mêmes utilisent ensuite l’essentiel de cet argent pour acheter de la puissance de calcul. Elles font ainsi la fortune des « hyperscalers », qui en retour dominent l’investissement en IA. Google, Microsoft, Amazon, Nvidia ont apporté 38 % des sommes investies en IA l’an dernier et devraient encore miser 28 % du total cette année.

L’IA ne pourra pourtant pas continuer de se développer ainsi, quasiment en vase clos. Se concentrer sur le seul financement des infrastructures conduit à négliger les cas d’usage, qui seuls créent vraiment de la valeur. « Cela a été le cas dans les cryptos » témoigne Alexis Frentz, partner chez Elaia Partners  : « Tout le monde voulait financer les pelles et les pioches, mais l’or, c’est mieux ! ».

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Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_5a6670f81f8449b6a6b76259c55510c6