Les stablecoins ont dépassé les 145 milliards de dollars en circulation. Ces cryptoactifs conservent la parité entre leurs jetons et une devise, généralement le dollar, de deux manières. Ils peuvent, comme des fonds monétaires, émettre des jetons à hauteur de leurs réserves. C’est le cas, outre-Atlantique, du USDC de Circle (31 milliards de dollars en circulation), du PYUSD de Paypal, du USDP de Paxos et du GUSD de Gemini. En Europe, c’est le cas de l’EurCV du groupe Société Générale ou du EuroE de la finlandaise Membrane Finance.
C’est aussi le cas du leader du marché, Tether, qui pèse à lui seul plus de 100 milliards de dollars, qui toutefois ne fait pas auditer ses comptes et se contente de les publier régulièrement. Son stablecoin est largement utilisé par les cybercriminels ou les ennemis des États-Unis. Le Venezuela, par exemple, utilise Tether pour contourner les sanctions sur ses exportations de pétrole (lire Qant du 5 mars, du 29 mars et du 24 avril).
Stablecoin bancaire
Un nouveau projet de loi américain, déposé par deux sénatrices américaines de partis opposés (lire Qant du 19 avril), veut y porter remède. S’il est adopté, le projet Lummis-Gillibrand sur les stablecoins incitera les banques américaines à se lancer dans l’émission de stablecoins adossés au dollar, selon l’agence de notation S&P Global. Il comprend en revanche des restrictions significatives pour les émetteurs non bancaires : il veut limiter leurs fonds à 10 milliards de dollars (9,3 milliards d’euros) et interdire les stablecoins algorithmiques non garantis.
Selon S&P Global, cela entraînera une baisse de la domination de Tether sur le marché, puisque son jeton deviendrait inutilisable légalement aux États-Unis. Ce que réclamait déjà, cet hiver, JP Morgan (lire Qant du 5 février).
La barrière électorale
Dans cette vision de l’avenir, tous les stablecoins devront donc maintenir des réserves équivalentes à la valeur en circulation à l’instar des fonds monétaires. Ils se verront également imposer des exigences strictes sur leurs réserves et leurs opérations, notamment en matière de blanchiment d’argent.
Cynthia Lummis et Kirsten Gillibrand avaient déjà présenté, en 2022, un projet de loi sur la réglementation des cryptos. La polarisation de la vie politique américaine a fait qu’il est resté lettre morte. Il en sera sans doute de même du “Payment Stablecoin Act » en cette année électorale.
Mais le projet Lummis-Gillibrand correspond aux intérêts de Wall Street tout en servant l’influence mondiale américaine. Il aurait pour effet de créer, à défaut d’un dollar numérique, des quasi-monnaies très liquides avec des fonctions très similaires.
Sous une forme ou une autre, on verra sans doute ces idées revenir, l’élection passée.
Pour en savoir plus :
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_11259d0ee8d3418bb8d091fa2e3ca702