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La ruée

A la suite du conseil d’administration d’OpenAI, du procureur de Manhattan ou encore de la SEC, c’est au tour du patron de X et Tesla de s’attaquer au CEO d’OpenAI.

La ruée

Elon Musk a lancé jeudi dernier une action en justice d’envergure contre OpenAI et ses cofondateurs Sam Altman et Greg Brockman, respectivement CEO et président de l’entreprise. Le patron de X, également cofondateur d’OpenAI, accuse l’entreprise et ses dirigeants d’avoir détourné OpenAI de sa mission originelle à but non lucratif au profit d’une quête de rentabilité. 

Elon Musk, qui a joué un rôle clé dans la fondation d’OpenAI en 2015, argue que sous la direction d’Altman et Brockman, l’entreprise a été transformée en une entité commerciale dont l’objectif principal est désormais la maximisation des profits pour Microsoft, plutôt que le développement d’une intelligence artificielle au service de l’humanité. Selon la plainte, cette transformation représente une « trahison flagrante de l’accord fondateur« , s’éloignant radicalement de la vision d’une IA ouverte et au bénéfice de tous, pour devenir une « filiale de facto à source fermée » de Microsoft. En particulier, l’argumentaire repose sur une étude de Microsoft Research, Sparks of Artificial General Intelligence (lire Qant du 6 octobre 2023). Selon Musk, Open AI a vendu à Microsoft  l’AGI contenue dans la première version de GPT-4, qui n’a pas été ouverte au public. 

Retour à l’intérêt général…

La plainte cite également des échanges de mails entre Musk et Altman comme preuve de l’alignement étroit entre Microsoft et OpenAI. Elle fait également état de commentaires du CEO de Microsoft, Satya Nadella, affirmant que Microsoft possède tous les droits de propriété intellectuelle et les capacités liées à OpenAI, même en l’absence de cette dernière. Ces déclarations sont présentées comme des preuves que les intérêts de Microsoft prévalent désormais dans les activités d’OpenAI.

Elon Musk cherche non seulement à forcer OpenAI à revenir à sa mission d’origine, mais aussi à empêcher la monétisation des technologies qu’elle a développées. Il demande à la cour de statuer sur le fait que GPT-4 et d’autres modèles avancés en développement constituent une intelligence artificielle générale et de forcer OpenAI à respecter ses engagements initiaux. Il demande également la restitution de ses dons initiaux à la fondation OpenAI (44 millions de dollars), ainsi que des dommages et intérêts. 

… et au spectacle

Elon Musk a le procès facile. Et souvent, il est plus proche des relations publiques que d’un véritable espoir d’obtenir réparation, comme le montrent les récentes vicissitudes juridiques de X, qui a traîné en justice deux associations en les accusant de dissuader les annonceurs de placer leurs publicités sur le réseau social. Jamais à court d’une provocation, Musk a également menacé d’un procès Meta, pour avoir lancé Threads, un concurrent de X-Twitter, et Microsoft, pour avoir entraîné ses modèles avec les données du réseau social – ce que X.AI fait par ailleurs. 

Dans un courrier interne qui a largement fuité, OpenAI accuse Elon Musk de se comporter comme le renard de la fable, qui accuse d’être verts les raisins qu’il ne peut atteindre. Cependant, l’action de l’erratique milliardaire pourrait avoir plus de conséquences que son appel à faire une pause dans l’IA, au printemps dernier (lire Qant du 31 mars 2023). 

Les audiences du futur procès auront en effet pour conséquence de reporter les projecteurs sur  la crise de gouvernance d’OpenAI en novembre dernier (lire Qant du 20 novembre, du 21 novembre et 22 novembre), durant laquelle Sam Altman avait été accusé par son conseil d’administration non pas d’avoir trahi son mandat initial, mais d’avoir dissimulé des informations. 

On a cru à l’époque qu’il s’agissait des progrès d’un modèle, baptisé Q*, vers l’intelligence artificielle générale. L’acte d’Elon Musk reprend d’ailleurs cette idée. D’autres, cependant, l’ont entendu d’une autre oreille. 

Le procureur de Manhattan, puis la semaine dernière, le gendarme financier américain, la SEC, ont ouvert des enquêtes sur OpenAI (lire Qant du 1er mars). Si on y ajoute les enquêtes des autorités de la concurrence en Europe, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, sans oublier les inquiétudes des autorités de protection des données, notamment en Italie (lire Qant du 30 janvier), OpenAI se trouvera dans les mois qui viennent au cœur d’une actualité judiciaire nourrie. 

Attiré par l’odeur de la bête blessée, Elon Musk est simplement venu s’ajouter à la ruée.

Pour en savoir plus :

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_9ca92a5a7d434277ab3b051efb4576cd