Validé par les plus grands. A Davos cette semaine, le CEO de Microsoft Satya Nadella n’a pas tari d’éloges pour le Rabbit R1. Alors que tous les regards se tournaient vers l’ouverture du CES, ce « compagnon IA de poche » a été présenté par une start-up de Santa Monica, Rabbit AI, par une simple conférence retransmise en ligne, une keynote à la Steve Jobs (Qant du 10 janvier et vidéo sur Youtube). Le discours de Jesse Lyu, CEO de Rabbit, a été justement qualifié par Satya Nadella de « probablement l’une des présentations les plus impressionnantes que j’ai vues depuis le lancement de l’iPhone par Jobs ».
La comparaison est loin de tomber du ciel. Au-delà d’une date en commun (le 9 janvier), les deux présentations présentent une structure rhétorique similaire. Quand Steve Jobs présente l’Iphone, il explique répondre à un besoin de simplicité : pourquoi s’encombrer d’un clavier dont on ne se sert pas toujours ? En 2007, la technologie multi-touch permettait de créer un écran 100% tactile. Dix-sept ans plus tard, c’est l’écran du smartphone que Rabbit veut mettre à la poubelle. Et surtout ces applications qui l’encombrent.
Sur un smartphone, chaque action (commander un taxi, écouter de la musique, envoyer un message) demande une application propre. Rabbit propose de connecter son assistant aux services de son choix et laisser ensuite faire l’IA. Et le CEO de Rabbit de joindre le geste à la parole : au long de sa keynote, il va commander un Uber, écouter la musique de son choix après s’être connecté à Spotify, scanner son frigidaire avec la caméra du R1 pour se voir proposer une recette combinant les ingrédients trouvés… Par le biais de cette caméra, il est possible de filmer un tableur sur un ordinateur et de manipuler les données à la voix.
Siri ne rit plus
Pour être précis, le R1 dispose d’un bouton “push-to-talk”, comme un talkie-walkie, et d’une connexion 4G. En donnant une instruction vocale au gadget, on lance une inférence dans un modèle de fondation propriétaire, baptisé LAM. Celui-ci identifie la demande et choisit de l’exécuter par le biais de telle ou telle application. Là où ChatGPT peut proposer plusieurs trajets en avion pour se rendre dans une ville et où Siri ne peut proposer que des apps, R1 prendra concrètement le billet pour l’utilisateur. A condition que celui-ci, bien sûr, ait consigné dans le “Rabbit hole” ses accès aux apps et moyens de paiements.
Les détails de ce que Jesse Lyu appelle le Large Action Model ou LAM restent flous. Il semble douteux qu’une start-up qui n’a levé que 30 millions de dollars ait pu développer son propre modèle de fondation. Le LAM évoque plutôt les modèles open source d’agents IA, comme AutoGPT et l’enthousiasme du CEO de Microsoft s’explique mieux quand on sait que les agents sont au coeur de la vision de Bill Gates sur l’évolution future de l’IA (lire Qant du 16 novembre 2023 et du 28 mars 2023).
Cette “agentivité” distingue le R1 de ses deux plus proches rivaux, la broche de Humane et les lunettes Meta-Rayban (lire Qant du 25 avril 2023 et du 28 septembre 2023), tout aussi sûrement que son prix, beaucoup plus bas. Elle a suffi à déclencher l’admiration de la presse et le bouche à oreille : sur la base de la première semaine, il devrait se vendre au moins autant de R1 pendant le premier trimestre que d’iPods en 2001 (125 000), estime Jesse Lyu.
Si Rabbit AI ou une autre start-up, dans quelques années, réussit à remplacer 1 % des ventes de smartphones, cela lui assurerait un chiffre d’affaires de plusieurs milliards (environ 5 milliards d’euros l’an dernier). De quoi motiver de lourds investissements…
De la coupe aux lèvres
Rabbit AI reste petite et fragile. Le moindre accroc dans ses livraisons à partir du 31 mars peut la balayer. Mais elle profite déjà de sa notoriété nouvelle pour poser des bases solides. Hier soir par exemple, la start-up a rendu public son partenariat avec Perplexity AI. Cette dernière, qui a levé le 4 janvier 73,6 millions de dollars auprès notamment de Jeff Bezos et Nvidia, lui apporte un accès aux modèles de fondation du marché via le moteur de recherche IA qu’elle est en train de développer.
Face à elle, et les nombreuses émules qui ne tarderont pas à se manifester, les grands constructeurs ne se laisseront pas tondre la laine sur le dos. Samsung déploie déjà l’IA dans toute sa gamme : téléphones, wearables, objets connectés (lire Qant du 18 janvier et du 9 janvier). Elle compte ainsi redynamiser ses ventes, après s’être fait ravir par Apple le titre de premier constructeur mondial de smartphones.
Il faudra bien qu’Apple lui emboîte le pas. Quitte à acheter une start-up ou deux.
Pour en savoir plus :
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_2fcdd10cfdb34aada272adb5bb62d4b9