L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) vient de publier un rapport ciblant directement le stablecoin Tether (USDT) dans des activités criminelles (lire Qant du 17 janvier). Selon les Nations Unies, Tether, le stablecoin les plus échangé au monde est devenu un outil clé pour les fraudeurs, les blanchisseurs d’argent et les escrocs, en particulier en Asie de l’Est et du Sud-Est, zone sur laquelle le rapport se concentre. Si ce dernier cite d’abord les cryptomonnaies en général comme outil privilégié du crime organisé, le focus est ensuite essentiellement mis sur Tether et l’USDT.
L’USDT, dont la valeur est fixée à un dollar américain, est prisé pour sa stabilité, sa facilité d’utilisation, son anonymat et ses faibles frais de transaction. Il s’en échange chaque jour plusieurs dizaines de milliards et la capitalisation totale avoisine les 100 milliards de dollars.
Ces caractéristiques ont contribué à en faire la monnaie numérique de prédilection pour diverses opérations illicites. Le rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime souligne une augmentation significative des cas de fraude en ligne, de blanchiment d’argent et de banques clandestines, impliquant notamment des escroqueries telles que le « sextorsion » et le « pig butchering », une forme d’arnaque sentimentale.
Les autorités financières et les forces de l’ordre observent une hausse rapide de l’utilisation de Tether par des équipes spécialisées dans le blanchiment d’argent de haute technologie. Ces criminels promeuvent leurs services sur des plateformes sociales comme Facebook, TikTok et Telegram. De plus, les plateformes de jeux en ligne sont devenues des vecteurs majeurs pour le blanchiment d’argent en cryptomonnaie, en particulier via Tether.
Tether a réagi au rapport de l’ONU au travers d’un communiqué dans lequel l’entreprise exprime sa « déception », soulignant que l’ONU ignore les avantages de l’USDT pour les économies en développement. La société suggère que l’ONU pourrait bénéficier d’une meilleure compréhension de la technologie blockchain pour lutter contre la criminalité financière et invite à un dialogue collaboratif, semblable à celui qu’elle aurait eu avec le Département de la Justice des États-Unis.
On retrouve là le ton de tous les pionniers, convaincus qu’il suffirait que le public comprenne le potentiel des monnaies électroniques privées et de la finance décentralisée pour que chacun s’y convertisse. L’argument n’a pas protégé les fondateurs de Binance et FTX, par exemple.
Ce n’est pas la première fois que Tether se retrouve sous le feu des régulateurs. En 2021, l’entreprise avait été sanctionnée pour son manque de transparence concernant ses réserves par la Commodity Futures Trading Commission des États-Unis. Après s’être acquittée d’une amende de 41 millions de dollars, elle a quitté les États-Unis pour établir son siège aux Îles Vierges britanniques et sa filiale opérationnelle à Hong-Kong. Elle est donc dépendante du bon vouloir de Pékin pour poursuivre ses opérations. Si le rapport des Nations Unies vient à l’entamer, il aura fait beaucoup plus qu’écorner l’image de Tether.
Pour en savoir plus :
- United Nations Office on Drugs and Crime, Casinos, Money laundering, underground banking, and transnational organized crime in east and southeast Asia: A hidden and accelerating threat, 2024
- Tether
- Forbes
- Financial Times
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_51d17a693383473fb9129962036c56ba