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Clearview is watching you

Votre visage est sur Internet ? Clearview AI s’en sert, et vous n’y pouvez rien : l’outil de reconnaissance faciale pour les forces de l’ordre vient même de gagner un procès contre le régulateur des données britannique.

Clearview is watching you

Un tribunal britannique a décidé, en fin de semaine dernière, que l’entreprise américaine de reconnaissance faciale Clearview AI n’aurait pas à payer une amende de 7,5 millions de livres imposée par le Commissaire à l’Information (ICO), le régulateur des données du Royaume-Uni (lire Qant du 20 octobre). Le tribunal a estimé que l’ICO n’avait pas le pouvoir de sanctionner Clearview AI, qui collecte des images sur le web public et notamment des visages sur les réseaux sociaux pour former ses produits IA, car le traitement des données de l’entreprise était « hors de la portée territoriale des règlements », et donc l’ICO n’avait pas de juridiction pour émettre des sanctions. Clearview avait argué que son service était destiné exclusivement à des forces de l’ordre étrangères – principalement américaines – et que les actions d’un État étranger étaient hors de portée pour la loi britannique.

Le débat autour de l’IA et de la reconnaissance faciale gonfle depuis déjà plusieurs semaines aux États-Unis. En septembre, la journaliste du New York Times Kashmir Hill a publié un article intitulé “La technologie que Facebook et Google n’ont pas osé déployer”. Elle y explique qu’en 2017, au siège de Facebook à Menlo Park, un ingénieur nommé Tommer Leyvand a dévoilé un outil capable de reconnaître et de nommer des visages en temps réel. Facebook, mais aussi Google, ont développé de telles capacités bien avant les startups comme Clearview AI ou encore PimEyes. Cependant, ils ont choisi de ne pas les diffuser, évaluant les dangers potentiels de cette reconnaissance de visages. Mais ce que les Big Tech refusent de faire, des entreprises plus petites et audacieuses peuvent le risquer, et la décision de justice en faveur de Clearview marque un précédent important en leur sens.

Clearview affirme que son application identifie les gens avec une précision de 98,6 %. La start-up met en avant les succès de ses utilisateurs, des forces armées ukrainiennes aux investigateurs sur l’invasion du Capitole le 6 janvier 2020. Sa base de données compte aujourd’hui 30 milliards d’images.

Le mois dernier, Kashmir Hill a publié un livre, Your Face Belongs to Us, sur Clearview AI. Elle y explique comment la start-up a développé une technologie de reconnaissance faciale permettant de retrouver toutes les photos d’une personne postées sur Internet en utilisant simplement une de ses photos. Elle explique que Clearview a récupéré des milliards de photos sur des réseaux sociaux tels que Facebook, Instagram, LinkedIn et le site de paiements partagés Venmo, sans respect des droits d’auteur ni consentement des sujets représentés.

De quoi rallumer le débat sur les données personnelles aux États-Unis et, en Europe, celui sur l’analyse par l’IA des images capturées par des caméras dans l’espace public., qui oppose le Parlement et les États membres dans le cadre de l’AI Act.

En attendant que chacun porte des lunettes de réalité augmentée intégrant des capacités de reconnaissance faciale.

Pour en savoir plus :

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_1e24b8159fc244a6b96902485182c1d8