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Pourquoi Thrive valorise OpenAI 80 milliards de dollars

Quand le marché du capital-risque a tourné, les fonds ont concentré leurs investissements dans le seul segment encore prometteur : l’IA générative. L’inflation des valorisations n’est pourtant pas encore le signe d’une explosion proche.

Pourquoi Thrive valorise OpenAI 80 milliards de dollars

La rumeur d’un mega-deal pour OpenAI se précise. Selon The Information, la société d’investissement Thrive Capital mène une transaction pour acheter des actions d’OpenAI auprès des employés, valorisant ainsi la société à au moins 80 milliards de dollars (lire Qant du 27 septembre). Fondée par Josh Kushner, frère du gendre de Donald Trump Jared Kushner, Thrive avait participé au tour précédent, fin avril, qui valorisait OpenAI 27 milliards à 30 milliards de dollars (lire Qant du 3 mai).

Entre deux, OpenAI n’a pas présenté de nouveau modèle aussi révolutionnaire que GPT-4, fin mars. Au contraire, le développement d’un éventuel GPT-5 semble contrarié (lire Qant du 19 octobre). Qu’est-ce qui peut justifier un triplement de sa valorisation, hormis ce que le gouverneur de la Federal Reserve appelait, pendant la bulle Internet de la fin des années 1990, une “exubérance irrationnelle” de la part des investisseurs?

Certes, OpenAI a réalisé quelque 130 millions de dollars de chiffre d’affaires en septembre, contre 28 millions pour tout 2022. Et après quelques mois de creux pendant de l’été, la croissance de ChatGPT a repris légèrement. Faire fi pour autant des incertitudes, notamment réglementaires, et valoriser la start-up 60 fois son chiffre d’affaires annualisé requiert un acte de foi très spécifique.

Sam Altman a annoncé au printemps que, pour créer une intelligence artificielle générale (AGI), OpenAI devrait lever quelque 100 milliards de dollars. Une double perspective qui peut enthousiasmer un capital-risqueur. Le fondateur de SoftBank Masayoshi Son, par exemple, prévoit que l’apparition d’une AGI (intelligence artificielle générale) dix fois plus intelligente que l’homme dans dix ans (lire Qant du 6 octobre) déclenchera une immense création de richesses.

Effet de concentration

Surtout, l’on peut considérer qu’en mettant la main sur des actions OpenAI si tôt dans son parcours – la start-up n’a levé “que” 11 milliards de dollars –, il sera possible de les revendre à un bien meilleur prix. Le mois dernier, une étude de Goldman Sachs montrait que l’engouement pour l’IA n’a touché pour l’instant que les sociétés en bénéficiant immédiatement : les effets boursiers de la percée de l’an dernier dans les LLM ne font que commencer.

L’auteur de l’étude, Peter Oppenheimer, souligne que les entreprises concernées par de fortes hausses de leur valorisation gardent des fondations solides et des retours sur investissement élevés. Le ratio prix/bénéfice moyen des entreprises américaines de l’IA est de 25, soit la moitié du ratio moyen des entreprises concernées par la bulle Internet il y a vingt-cinq ans, qui était de 52. La vague de l’IA peut donc encore gonfler en Bourse.

En amont, le succès de ChatGPT a conduit tous les investissements à se concentrer sur elle : la semaine dernière encore, Bloomberg et Pitchbook ont documenté le contraste entre le boom de l’IA et le ralentissement global du reste de la tech (lire Qant du 19 octobre). En un an, les investissements dans les start-ups d’IA ont connu une hausse de 27% à l’échelle mondiale, pour culminer à 17,9 milliards. Une performance faisant figure d’exception au milieu de l’écosystème des start-ups, dans lequel les investissements ont diminué de 31% en un an.

Certes, il reste quelques esprits chagrins. Au mois d’août, le Wall Street Journal osait le pas en comparant les valorisations de l’IA avec la bulle internet, citant le triplement de la valeur des actions de Nvidia en un an. Parmi les facteurs de doute, la consommation énergétique causée par les outils d’IA (même si celle-ci demeure difficile à quantifier, lire Qant du 20 octobre) ; la dépendance de la plupart des start-ups aux modèles pré-entrainés en raison des coûts de formation de leur propre modèle ou simplement le risque règlementaire, au cas où le modèle européen ferait tache d’huile.

*Pour en savoir plus: *

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_338aa85068074973ad0a653ef7b7407f