Aller au contenu

Veille tech & IA — analyses Qant Recherche

Article

La chute de la maison Tangible

La perte de parité de l’USDR sur le dollar n’aura probablement que peu de conséquences sur le monde des cryptoactifs et aucune sur la stabilité financière. Néanmoins, l’écroulement de ce stablecoin original douche, une fois encore, les enthousiasmes de la finance décentralisée.

La chute de la maison Tangible

Another one bites the dust – “Encore un qui mord la poussière”, chantait Freddy Mercury. Hier, le stablecoin Real USD (USDR) a chuté de 50% en quelques heures suite à l’épuisement de ses réserves de liquidité. Il s’appuyait sur un projet de tokenisation d’actifs réels, Tangible, qui annonce pouvoir rembourser ses détenteurs à 100% quand il aura liquidé l’ensemble de ses réserves. Presque les deux tiers, en effet, sont constitués de biens immobiliers, d’or, de montres et de vin – tous des actifs illiquides, même ce dernier.

USDR est un petit cryptoactif, qui ne causera à ses investisseurs que la perte de quelques dizaines de millions de dollars. Les effets de son décrochage ne peuvent donc être comparés à ceux de l’USD-T, un stablecoin algorithmique, dont la chute en mai 2022 a déclenché “l’hiver crypto” qui n’en finit pas et menace de tourner durablement au désamour. Même le plus important des stablecoins de la finance décentralisée, DAI, ne compte que 5 milliards de dollars d’actifs, contre 80 milliards pour Tether (USDT) et 24 milliards pour Circle (USDC), les deux principaux stablecoins centralisés. Son effondrement dépose cependant une nouvelle pierre dans le jardin de la finance décentralisée.

Les stablecoins forment en effet la principale passerelle financière entre les cryptoactifs et le monde extérieur. Leur capitalisation totale a récemment dépassé 180 milliards de dollars et les inquiétudes quant à leur stabilité croissent au même rythme. Une étude récente de Swiss Economics, The four types of stablecoins, considérait que le risque était d’autant plus grand que les réserves sont endogènes (comme pour les stablecoins algorithmiques) et que les investisseurs peuvent être prompts à la panique (ce qui est le cas des stablecoins centralisés). L’USDR, cependant, relève de la finance décentralisée et présente des réserves exogènes. Malgré cela, son sort semble scellé.

Un meilleur exemple vient de l’USDC de Circle, le seul stablecoin qui suit la règlementation financière américaine et dont les réserves sont déposées à la Fed depuis l’an dernier. Régulièrement attaqué, tout récemment lors de la chute de Silicon Valley Bank (lire Qant du 14 mars), il semble puiser sa résilience précisément dans la régulation.

De quoi donner des idées à la SEC et aux autres gendarmes financiers américains.

*Pour en savoir plus : *

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_56c648be19f64eb5a037ba906ab3d9ad