La rentrée 2023 est, partout dans le monde, la première de «l’ère ChatGPT» pour des millions d’étudiants et d’élèves. Détecter l’utilisation de l’IA est devenu quasiment impossible, ce qui impose de repenser, du collège à l’enseignement supérieur, tout le travail à la maison – et donc le travail en classe. «Tout comme la calculatrice a révolutionné l’enseignement des mathématiques, l’IA a le potentiel de transformer l’enseignement dans presque toutes les matières» observe Ethan Mollick. Mais voici : alors que les systèmes éducatifs ont eu plusieurs années pour se faire aux calculettes, il leur faut s’adapter à ChatGPT à toute vitesse.
Non seulement les élèves utilisent l’IA pour «tricher» en faisant faire leurs devoirs par Chat-GPT, mais ils intègrent l’IA dans leur apprentissage. Elle leur permet de contester la pertinence de méthodes pédagogiques déjà obsolètes. La start-up californienne Khan Academy a ainsi développé un chatbot, Khanmigo, pour réfléchir avec les étudiants pour leurs dissertations (lire Qant du 6 avril). Il préfigure les futurs compagnons pédagogiques, qui pourront proposer à chaque élève un accompagnement personnalisé et permanent.
Concrètement, d’après Ethan Mollick, l’IA touche les trois piliers fondamentaux de l’enseignement : l’écriture, la lecture, la résolution de problème. Il est quasiment impossible (aux fautes d’orthographe près) de détecter si Chat-GPT a été utilisé pour rédiger un devoir et ses résumés facilitent la lecture, mais ils uniformisent l’approche aux textes. Quant aux mathématiques, ses capacités augmentent à toute vitesse. Les enseignants peuvent réagir: ils peuvent privilégier l’écriture en classe, sur la base des préparations effectuées à la maison avec Chat-GPT; ils peuvent demander aux élèves de prendre en défaut l’IA au cours d’une lecture approfondie, et ainsi de suite.
L’intérêt des étudiants et lycéens américains pour ChatGPT, lui, est plus vivace que jamais. En témoigne le graphe ci-dessous qui dépeint l’évolution du nombre de recherches portant sur Minecraft (en rouge) et ChatGPT (en bleu) aux Etats-Unis sur les douze derniers mois. Si ChatGPT avait rejoint le célèbre jeu vidéo à la fin du printemps, celui avait repris le large durant les vacances. Jusqu’à la rentrée:
Les cours et les examens « à l’ère de l’IA » doivent donc désormais être conçus en fonction de deux facteurs : les forces et les limites de l’IA d’un côté, les objectifs pédagogiques de l’éducation de l’autre. «Les éducateurs doivent constamment surveiller et comprendre les points forts et les limites de [l’IA et du machine learning, ML]. Les atouts de la ML permettent aux éducateurs de fournir une éducation personnalisée à leurs élèves. Dans ce cas, le rôle des éducateurs est de s’assurer que les étudiants exploitent correctement les atouts de l’IA pour leur développement personnel, plutôt que de s’appuyer excessivement sur l’IA. D’un autre côté, les éducateurs doivent également être constamment conscients des limites de l’intelligence artificielle lors de la conception de leurs cours» observent des chercheurs d’universités françaises et émiraties dans une étude parue cet été, How to Design and Deliver Courses for Higher Education in the AI Era: Insights from Exam Data Analysis.
Par exemple, un LLM est probabiliste. Il ne convient donc pas aux problèmes déterministes, comme l’arithmétique ou les décryptages. Il ne comprend pas ses propres résultats : les élèves peuvent et doivent apprendre à les interpréter. Les jeux de données sont par construction imparfaits et contiennent des biais : c’est aux enseignants qu’il revient d’apprendre aux élèves à les déceler, puis les compenser.
Toute une nouvelle pédagogie.
*Pour en savoir plus : *
- Ethan Mollick, The Homework Apocalypse, One Useful Thing, 01/07/2023
- Ahmed Samer Wazan et al., How to Design and Deliver Courses for Higher Education in the AI Era: Insights from Exam Data Analysis, Arxiv, 22/07/23
- New-York Times
- Wired
Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_118b768e19f34402a4abdd08fbd6cc3d