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Quand les fakes remportent le match

De Wimbledon à l’Australie, l’IA se glisse partout dans le monde du sport. Et la coupe revient aux deep fakes.

Il n’y a que les Bleus pour nous procurer ses émotions. Pourtant, ce n’est pas eux que vous venez de voir”.

Pour un amateur de sport, il était difficile ces dernière semaines de passer à côté du spot publicitaire d’Orange à l’occasion de la Coupe du monde de football féminin qui a démarré ce jeudi 20 juillet en Australie et en Nouvelle-Zélande. Le concept de la vidéo : une compilation d’actions de classe réalisé par l’équipe de France masculine et ses stars biens connues. Puis un message indiquant que ces actions sont en réalité l’œuvre de l’équipe féminine, et qu’elles sont été retouchées grâce à l’IA. Le biais du spot est assumé : lutter contre le cliché d’un football féminin faible techniquement et mettre en exergue les préjugés qui sous-tendent ce cliché. Réalisé par l’agence Marcel, il a été vu 4,8 millions de fois sur le chaîne Youtube d’Orange France, alors que les vidéos des Bleues sur celle de la Fédération française de football n’atteignaient pas les 30 000.

Dépourvus de vie et de passion, les commentaires par Watson d’IBM des matches de Wimbledon – conclus dimanche 16 – n’ont pas obtenu le même succès. Générés à partir des extraits vidéos proposés sur Wimbledon.com, ces commentaires audios n’en représentent pas moins une première technique d’importance. De toute évidence, il est devenu possible d’entraîner un robot génératif sur la voix de Nelson Monfort, en conférant à ce dernier une forme d’immortalité. Mais il conviendra de vérifier son consentement…

Au printemps, le tabloïd allemand Die Aktuelle avait fait scandale en publiant une interview de l’ancien pilote de Formule 1 Michael Schumacher, qui n’a pas été vu en public depuis son accident de décembre 2013. Cette interview imaginaire avait été rédigée par Character.ai et, par pérécaution, le magazine se demandait si elle n’était pas “trop belle pour être vraie”. Rien n’y a fait : Funke Mediengruppe, éditeur de Die Aktuelle, a annoncé quelques jours plus tard le licenciement de la rédactrice en chef Anne Hoffmann et présenté ses excuses à la famille Schumacher, qui n’en a pas moins confirmé son intention de poursuivre en justice le magazine. Character.ai, pour sa part, a réalisé une des plus belles levées du premier semestre (lire Qant du 12 juin).

Toucher de balle, deux lettres

L’impact de l’IA sur le monde du sport ne se limite pas aux médias et à la publicité. La GenAI est par exemple en train de transformer le recrutement, avec l’utilisation de la computer vision pour analyser des quantités toujours plus importantes de données sur les performances de joueurs. Au Canada, l’entreprise Sportlogiq utilise par exemple l’IA pour proposer des analyses poussées à différents clients, notamment la Ligue nationale de hockey. Dès 2020, l’US Open a remplacé ses juges de ligne par Hawk-Eye Live, un système de modélisation de la trajectoire de la balle en 3D qui se targue d’une précision de 3,6 millimètres. Aidé par la pandémie, le système a fait tache d’huile (et de nombreux mécontents).

Dans tous les sports, des logiciels et des modèles d’IA permettent désormais d’analyser les stratégies des joueurs. Mais rien n’a encore égalé Stanford, qui en 2021 a proposé le plus beau des fakes de tennis : Roger Federer jouant contre lui-même à Wimbledon.

Roger Federer jouant à Wimbledon contre Novak Djokovic, Serena Williams et contre lui-même.

Pour en savoir plus :

Source archive Kessel : https://qant.kessel.media/posts/pst_ca592c8b6f3342b58986b3cb0b1c159f